Le Miroir des novices

Étienne de Salley

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le miroir des noviceS

 

 

Introduction

Étienne, né à Eston dans le Yorkshire vers la fin du XIIe siècle, est entré à l’abbaye de Fountains, dont il fut le cellérier vers 1215-1223. De 1223à 1234, il est abbé de Salley, petite abbaye du sud du Yorkshire. De 1234 à 1247, il est abbé de Newminster, maison mère de Salley. De 1247 à sa mort, le 6 septembre 1252, enfin, il est abbé de son monastère de profession, Fountains.

Il est l’auteur de plusieurs petits traités : le Triple exercice, des Méditations sur les joies de la bienheureuse et glorieuse Marie toujours Vierge[1], un traité Sur la formation de l’esprit à la psalmodie du jour et de la nuit[2], et enfin, notre Miroir des novices[3].

Le texte latin du Miroir des novices d’Étienne de Salley a été édité par E. Mikkers, Collectanea ordinis cisterciensium reformatorum VIII (1946), pp. 45-68, d’après le manuscrit de Bruxelles, Bibliothèque Royale, Ms. 2724-39, ff. 152v-166v.

La traduction française, à laquelle ont collaboré Fr. Albéric et Fr. Xavier d’Acey, s’appuie sur cette édition, tout en ne tenant pas toujours compte des mots ajoutés par l’éditeur entre < >, par collation avec la Doctrina Bernardi (DB), un écrit anonyme inspiré du Miroir.

Le Père Mikkers a signalé que d’autres exemplaires plus anciens du Speculum avaient été découverts depuis l’édition qu’il en avait donné en 1946[4], en particulier dans le Berlin, Staatsbibliothek, Theol. lat. qu. 297, ff. 2r-9v, qui « semble représenter un des témoins les plus anciens ». Une édition critique reste à faire, bien que le texte du ms. de Bruxelles « concorde assez bien avec le texte du ms. de Berlin[5] ».

Abréviations :

RB          Règle de saint Benoît

EO          D. Choisselet, P. Vernet éd., Les Ecclesiastica officia cisterciens du XIIème siècle, La documentation cistercienne, Reiningue 1989.

 

 

Traité de Dom Etienne, abbé de Salley[6], à un novice

Très utile

I. Et D’abord[7], la confession quotidienne[8]

Quand tu vas à la confession, utilise, si tu veux, ces paroles, en ajoutant ou retranchant à celles que je propose, selon que tu sentiras avoir plus ou moins péché en tel domaine.

« J’         ai de nombreuses distractions, mon esprit vagabonde en tous lieux, un château fort, une école, un monastère, je m’y attache un certain temps et y prends plaisir, quand je suis à l’office divin ou que je devrais être attentif aux psaumes et aux lectures.

Quelquefois, je me souviens de choses que j’ai vues ou entendues, et je détourne mon âme de l’attention à Dieu, consciemment ou non.

Quelquefois, j’ai même imaginé des choses que je ne n’ai pas vues ou entendues. Je perds mon temps à des choses inutiles[9] sans m’en apercevoir (et tu dois dire alors quelles choses, autant que tu peux t’en souvenir, par exemple :) j’ai occupé un long temps à mes pensées à vouloir construire une église, composer des livres, organiser une maison, ou à m’occuper de chasse, de courses de chevaux et autres activités semblables.

Quelquefois, il me vient à l’esprit l’image d’un homme et d’une femme qui font l’amour : tantôt, seule mon imagination y est prise, tantôt, j’y prends plaisir, tantôt, j’en ressens quelque chose, tantôt, ma chair réagit.

Quelquefois, je vais jusqu’à consentir aux désirs de la chair en matière de nourriture, de boisson, de sommeil[a] etc.

Quelquefois, je juge les paroles d’autrui, ses faits et gestes, ses occupations, son comportement, ses attitudes, sa mise, soit en gardant ces jugements dans mon cœur, soit en les manifestant par un signe ou une parole ; je suis curieux de connaître la vie d’autrui lent à me connaître moi-même et négligeant de corriger ma propre vie.

Quelquefois, je murmure contre ma faiblesse, contre le mépris dont je soupçonne souvent d’être l’objet, contre le jeûne, les veilles, la nourriture austère, le travail dur et humiliant, contre une correction rude, une permission non accordée, une insulte ou un reproche, ou lorsque l’on dit, fait, ou m’impose quelque chose qui aille contre ma volonté.

Quelquefois, je m’élève en mon cœur pour ma beauté, ma voix, ma force, mes connaissances, le rang de ma famille, mes habits, mes paroles intelligentes ; je désire qu’on sache et qu’on entende dire que je vaux mieux que tous les autres en tel domaine, je prends plaisir à plaire dans ces détails, et je pense que je vaux quelque chose, alors que je ne vaux rien.

Quelquefois, consciemment ou non, je dis des paroles qui portent à rire[b], parfois des paroles mondaines, parfois des paroles méchantes ou de détraction[10], des paroles de vanité, de flatterie, de fausseté ou de duplicité, en parlant d’une personne d’une certaine façon alors qu’en mon cœur, j’ai des sentiments tout autres à son égard.

Parfois, je me suis mis en colère, parfois, j’ai désobéi.

Quelquefois, je fais ma volonté propre.

Quelquefois, j’arrive en retard à la prière, à la messe, aux autres exercices où ma présence aurait pu édifier les autres.

En outre, je perds mon temps sans vergogne à des bagatelles, à ne rien faire, dans la torpeur et la tiédeur, par manque de crainte de Dieu et de bonne volonté.

Quelquefois, je me laisser aller tout entier à la vaine gloire et à la recherche de considération.

Quelquefois, je me montre assez rude envers autrui dans ma volonté, sans cependant que cette volonté soit suivie d’actes.

Quelquefois, à l’autel, à la prière ou au travail, je témoigne moins de dévotion, de crainte et de respect devant Dieu, et crains davantage le regard des hommes que celui de Dieu, faisant parfois effort sur moi plus à cause des hommes que pour Dieu.

Je me rends plus rapidement aux repas qu’à l’office divin. Je fais les inclinations avec négligence. J’obéis de mauvais gré, et en beaucoup de choses que je fais, je suis méprisant pour les autres et m’exalte, et donne ainsi un mauvais exemple aux autres.

Je ne m’applique pas à ce qui convient à ma profession monastique, avec la pureté qu’il faudrait y apporter. Je n’offre pas ce que je dois, ni n’exécute les psaumes et les prières qui nous sont imposées[11] avec toute l’attention qu’il faudrait pour ceux pour qui elles ont été imposées.

J’ai donné ou reçu telle chose, et fait ceci ou cela, sans permission ou avec une permission extorquée.

Mais de ces fautes et de toutes celles que j’ai commises contre la volonté de Dieu et contre l’Ordre[12], consciemment ou non, et de celles que d’autres ont pu commettre par ma faute, dont j’aie conservé le souvenir, ou que j’aie oubliées, je me reconnais coupable devant Dieu, je promets de m’en corriger, et je demande pardon. »

Voilà le miroir : tout ce en quoi tu te sens blessé, tout cela, confesse-le devant Dieu.

II. Manière de prier, de demander et de rendre grâce

Avant la prière, qui doit toujours suivre la confession, salue plusieurs fois Marie, Mère du Seigneur, avec la prière de l’ange : « Je te salue, sainte, glorieuse et perpétuellement vierge Marie[13]… », si possible, jusqu’à trois fois avec génuflexion.

Rends grâce à Dieu :

pour ses innombrables et immenses bienfaits ;

pour tous les périls qui sont dans le monde, et pour tous les périls et pièges du démon dont il t’a protégé ;

pour les peines de l’enfer où il n’a pas permis que tu tombes avec le grand nombre de ceux qui péchèrent moins et reçurent une toute autre rétribution ;

pour les péchés dont il t’a préservé ou qu’il t’a épargnés ;

pour ton entrée dans la vie monastique ;

pour la pureté du cœur ;

pour la piété et la sainteté des confrères vers qui il t’a appelé par sa grâce ;

pour tous les bienfaits qu’il a accordés au genre humain ;

et intercède pour l’état du monde entier auprès du très doux Fils de la Vierge.

Puis supplie le Seigneur de t’accorder le pardon, ou sa grâce, ou la gloire à venir, ou la persévérance dans ton engagement, ou l’illumination du coeur, ou l’amour du salut, ou pour ceux qui sont en toutes sortes d’angoisses ; prie-le au secret de ton cœur en des désirs ineffables, ou bien par des supplications à haute voix, selon qu’il te sera donné d’en haut.

Ensuite, tu feras des supplications au Seigneur, ou bien en faisant trois fois la génuflexion avec l’antienne « Nous t’invoquons[14] » et la collecte « Dieu «éternel et tout-puissant  qui as donné[15] etc. », en l’honneur de la Sainte Trinité, ou bien cinq fois, en l’honneur des cinq plaies du Seigneur en croix. Et à chacune des trois génuflexions, rends-lui grâce de t’avoir prédestiné, de toute éternité, parmi tant de milliers de damnés, de t’avoir choisi parmi l’infinité des méchants, de t’avoir élu parmi l’infinité des réprouvés, pour une gloire, une joie, une dignité, un bonheur ineffables, d’avoir créé notre nature avec telle dignité et sublimité, et de la rétablir avec tant de miséricorde, etc.

Puis rends grâce pour cette majesté qui t’accorda tant de prix qu’il s’est fait tout-petit, pauvre et faible, ver et non plus homme, objet de mépris pour les hommes et de rebut pour le peuple[c] ; il a daigné illuminer le monde par sa vie et son enseignement ; il a subi une mort si atroce, si abjecte ; il a glorifié notre corps dans la Résurrection et l’a élevé au-dessus de tout à l’Ascension ; il nous a livré le gage plein de douceur de son amour, c’est-à-dire son sang très doux ; il nous a laissé son évangile en testament indissoluble ; il a institué ces innombrables témoins que sont les apôtres, les martyrs, les confesseurs et les vierges, eux dont les glorieuses paroles, les enseignements, les miracles, la passion et la mort ont été utiles pour ton salut, pour ta consolation, ton soutien, ta formation, ta vie, et coopèrent à ton bien ; et il t’a conféré dès ta naissance la grâce du baptême ; il t’a fait don du salut, t’a arraché aux périls, t’a soutenu quand tu tombais dans le péché ; t’a pardonné tes erreurs, t’a donné la grâce de la continence, l’espérance du pardon, la confiance d’être récompensé, la patience de supporter les épreuves pour être glorifié avec lui comme tu auras souffert avec lui[d].

Ensuite, tu demanderas de tout ton cœur qu’il augmente en toi sa grâce et te fasse vivre dignement, pour son honneur et le salut de ton âme, et de t’accorder la joie des saints, à toi et aux tiens.

III. Préparation du cœur à la ferveur

Pour préparer ton cœur, il faut veiller à tout ce qui suit.

Quand c’est l’heure de se lever pour les vigiles[16], il faut préparer l’esprit à la ferveur : sors de ton lit avec ferveur, chasse tout engourdissement et rends grâce à la divine miséricorde pour le repos qu’elle t’a accordé et pour la garde et la protection des anges. Commence par une prière pour les défunts (« Donne-leur le repos éternel[17] etc. »), et après avoir salué la Mère du Seigneur, récite ses matines. Acquitte-toi de toutes ses autres heures à l’église, si tu en as le loisir et la possibilité[18].

Puis, arrivé à l’église, pose ta main sur la porte et dis : « Pensées mauvaises, soucis, préoccupations, affections du cœur, désirs de la chair, attendez-moi ici ! Mais toi, mon âme, entre dans la joie de ton Seigneur[e], pour contempler la douceur du Seigneur et visiter son Temple saint[f].

Parvenu devant la croix, dis : « Nous t’adorons, Christ etc., parce que par ta croix[19] etc. » Et quand on chante : « Dieu, viens à mon aide[20]… », répands ton cœur comme de l’eau en présence du Seigneur ton Dieu[g], et dis en secret : « Je suis faible, Seigneur, et je ne puis ouvrir la bouche. Envoie ta main d’en haut, touche mes lèvres[h], pour remplir mon âme comme de nourriture riche et grasse[i], que je chante ta gloire tout le jour[j]. »

De plus, tu fixeras les yeux devant toi, en un seul point, autant que tu le pourras et que te le permettra ta faiblesse. Il est, en effet, très mauvais pour la stabilité de ton esprit que d’avoir les yeux qui regardent partout. Tu te représenteras donc devant toi le Seigneur, couché dans la crèche, pour t’humilier, ou bien suspendu à la croix, pour te transpercer de componction. Tu soupireras et rendras grâce pour les clous, les épines, les crachats, le côté transpercé. Tu lèveras les yeux en secret jusqu’au cœur de Dieu, où sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance[k]. Alors, en secret, tu jetteras ta tête avec violence entre ses épaules et la croix, pour baiser ces blessures qu’on a si atrocement ouvertes, en te disant : « Pourquoi ce gaspillage[l] de sang ? Moi, ici, je meurs de faim[m]. Ne puis-je venir prier ici, aux sources du Sauveur[n], et y rafraîchir ma langue[o] ? » Et tu entendras le Seigneur Dieu parler à ton cœur : « Celui qui a soif, qu’il vienne et qu’il boive[p] ! » Tu goûteras et tu verras combien le Seigneur est doux[q], combien il est aimable, combien il est doux et humble de cœur[r].

C’est par de telles considérations qu’on mérite Dieu, c’est par une telle attention qu’on s’unit à lui, c’est par de tels élans affectifs conçus dans la pensée que le Christ y est planté et ne s’en éloigne plus, de même qu’à l’aveugle qui crie : « Fils de David, prends pitié de moi[s] ! », le Seigneur répond avec tendresse : « Que veux-tu que je fasse pour toi[t] ? » – ô parole d’exultation et de salut : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » Il suffit, ô tendre Jésus, que je sois admis à contempler le bonheur de tes élus[u] etc. ! De telles pensées apportent au cœur une si grande douceur qu’en comparaison, penser aux anges n’a plus aucun goût[21].

Je connais un homme qui aurait souvent désiré prolonger les vigiles jusqu’à l’aube. Cet homme pensait aux admirables soulèvements[v], c’est-à-dire à la violence et aux angoisses des souffrances du Christ, et combien le Seigneur est admirable dans les hauteurs[w], c’est-à-dire sur la croix. Cet homme s’émerveillait de la si grande bonté de celui qui nous crée, du si grand amour de celui qui nous rachète par son précieux sang, de la si grande douceur de celui qui nous prévient par sa grâce, de la si grande considération que nous témoigne celui qui nous couronne de miséricorde, du si grand souci qu’il a du salut des hommes, de sa si grande humilité quand il est crucifié, de sa si grande piété quand il meurt, de sa si grande force quand il ressuscite, et de sa si grande gloire quand il monte au ciel, bref, de la grandeur des mystères de la croix dans le moyen, la cause et le fruit de la rédemption.

IV. Sept formes de méditation

De même, sois rempli d’admiration pour Jésus, bénis son saint nom, compare ta vie avec la sienne pour voir ce qui te manque, réclame-le lui à temps et à contretemps, forme-le en toi de toute urgence.

En toutes choses, rends grâce à Dieu le Père par lui[x], et désire comme un enfant ce lait spirituel[y] par lequel tu grandiras vers le salut jusqu’à ce que te poussent des plumes[22], sous les ailes de cette mère qu’est la grâce. Contente-toi de cette place et demeures-y, jusqu’à ce qu’on te dise : « Monte plus haut[z] ! », c’est-à-dire, à des contemplations plus subtiles et élevées de la divinité elle-même.

Première forme

Veux-tu[23] entendre un homme qui s’émerveille ? Voici ce qu’il dit :

« Qu’il est admirable, ton nom, Seigneur, par toute la terre[aa] !

Qu’elle est grande, l’abondance de ta douceur, Seigneur[bb] !

Qu’ils sont heureux, les habitants de ta maison[cc] !

Qu’elles sont aimées, tes demeures[dd] !

Qu’elles sont magnifiques, tes œuvres[ee] !

Qu’elles sont douces à mon palais, paroles[ff] ! »

Deuxième forme

Veux-tu entendre un homme qui te bénit ? Voici ce qu’il dit :

« Que le nom du Seigneur soit béni[gg] !

Que tes saints te bénissent[hh] !

Et que toute chair bénisse son saint nom[ii] ! »

Troisième forme

Cherches-tu un homme qui te décrive en comparaisons ? Voici ce qu’il dit :

« Comme un père a pitié de ses enfants[jj]

Comme le cerf désire la source[kk]

Mon âme est pour toi comme une terre desséchée[ll].

Que mon âme soit remplie comme d’une nourriture riche et grasse[mm] ! »

Et lorsqu’il considère sa fragilité, il dit :

« Je ne suis que poussière[nn].

L’homme est comme l’herbe, l’herbe des toits[oo] » et autres textes.

Quatrième forme

Veux-tu entendre un homme qui désire ?

« Quand viendrai-je, dit-il, et quand me trouverai-je devant la face de mon Dieu[pp] ?

Seigneur, quand regarderas-tu, quand viendras-tu jusqu’à moi[qq], quand me consoleras-tu[rr] ? »

Une voix qui exige et réveille, quand il dit :

« Debout, pourquoi dors-tu, Seigneur ? Pourquoi détournes-tu ta face[ss] ?

Pourquoi m’oublies-tu[tt] ? » et autres paroles semblables.

Cinquième forme

Si, maintenant, tu imagines dans ton cœur Jésus qui parcourt le chœur , escorté de ses anges qui apportent les douze corbeilles pleines de fragments[uu] qui tombent de la table de leurs maîtres[vv] dans cette cour céleste que Dieu a préparée pour ceux qui l’aiment[ww], dans sa douceur pour le pauvre[xx], si tu entends celui qui dit : « Il n’y a plus de pain dans ma maison[yy] » et encore : « Je suis desséché comme l’herbe, parce que j’ai oublié de manger mon pain[zz] », alors, il te dira, parce qu’il est l’auteur de la miséricorde : « Ouvre ta bouche et je la remplirai[aaa]. »

Sixième forme

Recevant ainsi la bénédiction de Dieu et la manne divine, tous tes os exultent pour le Seigneur et disent : « « Qui est semblable à toi[bbb] ? » ; tant et si bien que tu deviens capable de marcher pendant quarante jours et quarante nuits, grâce à la force reçue de cette nourriture[ccc], et tu perçois à quel point il est vrai que ceux qui le cherchent ne manqueront d’aucun bien[ddd].

Septième forme

L’action de grâce doit[24] toujours être en ton cœur ou dans ta bouche. Cependant, qu’il en soit surtout ainsi quand l’ennemi te suggère le mal du côté de la chair et du monde ; rends grâce à celui qui t’a arraché à de nombreux dangers et aux pièges des chasseurs[eee].

V. Récapitulation

En tout lieu, utilise ce genre de cymbales qui résonnent[fff], tantôt en adorant le bon plaisir de Dieu grâce à ce que tu vois et tu entends, tantôt en le bénissant pour être comblé de ses bénédictions, tantôt en soupirant et désirant son visage de gloire – ainsi éveilles-tu en toi la grâce de Dieu – , tantôt[25] en imaginant dans ton cœur tout ce que Dieu ou les anges peuvent faire en esprit en toi, ou tout ce qui a pu être dit ou avoir lieu dans l’œuvre du salut, selon la diversité des événements et des circonstances : en toutes choses, sans cesse, rends grâce !

VI. Plusieurs façons de méditer

Pour faire méditation, rappelle-toi le déroulement des événements[26].

1. Pour la salutation de l’ange à Marie, imagine-toi, en faisant des suppositions conformes à la piété, que Marie était occupée à lire le prophète Isaïe quand l’ange la salua. Elle perçut une joie ineffable, quand elle reçut la plénitude de grâce et qu’elle connut le pouvoir qui lui était donné, dans le ciel et sur la terre, dans la mer et tous les abîmes, et que de son consentement, dépendait le salut du monde entier et la restauration des créatures célestes.

2. Pour la naissance du Christ, tu supposeras bien des détails qui ne sont pas écrits.

3. Dans la manifestation aux mages, tu imagineras ce que fut ce visage et ces regards de l’Enfant qui amenèrent la dignité de ces hommes puissants à s’incliner pour lui rendre un si humble hommage. Ce qui est brièvement résumé ici, tu le trouveras plus développé dans les méditations d’Aelred écrites dans l’opuscule nommé Règle d’une recluse.

4. Pour la présentation au Temple, tu te représenteras le moment où l’Esprit Saint remplit Syméon.

5. Pour la recherche de trois jours, tu imagineras le moment où Joseph et la Mère de Jésus cherchaient, en se lamentant, où il se trouvait, s’il mendiait aux portes[27], s’il s’est manifesté aux anges pendant ces trois jours[28].

6. Pour son baptême, tu considéreras avec quelle attention les témoins fixèrent leur regard sur un si complet dépouillement de la majesté.

7. Pour le jeûne[29] de quarante jours dans le désert, tu remarqueras quelle solitude il a connue, lui dont les délices sont d’être avec les fils des hommes[ggg].

8. Pour sa prédication, tu imagineras le moment où tous s’étonnaient des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche[hhh], et se réjouissaient de toutes les merveilles qu’il accomplissait[iii] ; quand il guérissait les malades ou passait la nuit en prière ; quand, fatigué, il s’asseyait sur la margelle du puits et promettait la source de la vie à la femme à qui il demandait par suppliques et flatteries de lui donner de l’eau, à lui, la source de la vie ; quand il accueillit humblement Marie, lorsqu’il ressuscita Lazare, après avoir pleuré sur lui.

9. Pour la procession d’entrée à Jérusalem, tu te représenteras le moment où le Seigneur des armées, monté sur une ânesse, sans selle, sans mors, sans rênes, s’empressait vers la Croix.

10. Pour le lavement des pieds, tu considéreras l’admirable renversement : Dieu aux pieds d’un pêcheur, d’un percepteur d’impôts etc.

11. Pour sa prière, quand il fut livré, tu te représenteras quelle angoisse, quelle peur, quelle tristesse, quelle agonie éprouvait celui qui prolongeait sa prière, quelle consolation il reçut de l’apparition d’un ange, quel renversement : le baiser de Judas, la foule qui se saisit de lui, les Apôtres qui s’enfuient.

12. De même, pour la Passion : moqueries, crachats, soufflets, mains liées, yeux bandés, flagellation par ordre de Pilate, ironie d’Hérode, voix moqueuses et qui demandent qu’il soit crucifié, dérision des soldats qui lui frappent la tête d’un roseau, font la génuflexion devant lui et lui offrent à boire du fiel.

13. Sur la croix : mains élevées en sacrifice du soir[jjj], membres torturés, pâleur de la face, douleur des os, déchirures des nerfs, et finalement grand cri d’une amertume très amère qui pénètre jusqu’à la séparation de l’âme et de l’esprit.

Je pense que si tu t’appliques avec soin, selon le temps dont tu disposes, aux méditations décrites ci-dessus et à d’autres, tu entreras dans une mer profonde et vaste[kkk].

Pense à Jésus en croix, rassasié d’opprobres et de moqueries, déchiré, frappé de coups de fouet et d’épines, attaché par des clous, tournant vers toi avec miséricorde ses yeux de miséricorde et de douceur, alors que tu gisais au milieu de la masse de perdition : chasse ton ingratitude par de tels soupirs plaintifs et dénonce[30] la dureté de ton cœur. Considère qui souffre, de quoi il souffre, pour qui, à quel prix, élevé, il acquiert ton amour, et combien facilement il s’est engagé pour toi : elle est pour toi, la faiblesse de celui qui pend, elle est pour toi, la pâleur des [31]> tremblants, à toi, le sang versé, à toi, la mort du crucifié.

14. À l’ensevelissement, considère les membres qui retombent, immobiles, qui pèsent, rigides, les blessures qui suintent, l’empressement à prendre soin de lui, à faire l’onction, à l’envelopper du suaire et à l’ensevelir, et la garde des soldats. Si tu considères tout cela, je pense que tu vas gémir ; tu te demanderas où était alors le cœur de Dieu, que dis-je, où était la force dans le cœur de Dieu dans les mains de qui sont toutes les extrémités de la terre[lll].

15. À la descente aux enfers, considère de quelle stupeur la clarté radieuse de cette nouvelle lumière frappa les démons prêts à dévorer, quel silence il imposa aux pleurs et aux grincements de dents[mmm], quelle espérance il répandit sur les élus assis dans les ténèbres et l’ombre de la mort[nnn], quand il les arrachait à la main de l’ennemi, à la gueule du diable, aux profondeurs du ventre des enfers, et les rappelait à son admirable lumière[ooo].

16. À la résurrection, médite l’éclat de son corps, la joie de ses disciples, la joie partagée par la Vierge Mère, dont il est permis de penser qu’elle fut près de défaillir sous l’effet de la joie, le désir de savoir si c’était bien lui, de ceux qui palpaient les cicatrices et posaient la main sur le très doux côté, et qui soupiraient sur chaque blessure de la tête qu’avaient produites les épines. Si tu prêtes attention à tout cela, je pense que tu seras près de défaillir d’admiration et que tu ne pourrais rien dire que : « Mon Seigneur et mon Dieu[ppp] ».

17. À l’ascension, si tu accours pour recevoir cette sainte bénédiction et qu’il te bénisse avec les Apôtres en élevant les mains, si, avec eux, tu accompagnes le Seigneur dans son ascension avec grand désir et abondantes larmes, si, avec les autres, dans ta méditation[32], tu désires ardemment aller à sa rencontre, si tu es admis avec la troupe admirable de ceux qui suivent le Seigneur Jésus Christ, au[33] son mélodieux des célestes instruments de musique, jusqu’où il pénètre derrière le voile, jusqu’où il siège avec le Père, si, non comme[34] fond la cire en face du feu[qqq] et comme coule une masse d’argent fondue au feu dans la cavité qui l’attend, toi, au contraire, passant dans l’attrait du cœur[rrr], désirant à en défaillir les parvis du Seigneur[sss], tu montes vers Dieu de tout ton cœur, tu t’élèves vers Dieu de toute ton âme et t’unis à lui de toute ta force[ttt] pour devenir avec lui un seul esprit[uuu] pour l’éternité, si donc tu considères ces scènes et que, pour chacune, tu te sens comme si tu y avais été présent, que tantôt, tu es suspendu d’admiration, tantôt, tu vis dans l’action de grâce, et que tu as soin de témoigner des autres sentiments susdits, alors, tu sauras ce que veut exprimer le psalmiste quand il dit : « La pensée de l’homme te confessera[vvv]. »

VII. Il ne faut pas s’attacher chaque jour à chacun des points de méditation

Souviens-toi cependant qu’il n’est pas question que tu t’attaches chaque jour à ces pensées, ni que tu les médites toutes d’un coup. Tu toucheras tantôt l’une, tantôt l’autre de ces dix-neuf[35] cordes, soit la salutation de l’ange, soit la naissance du Seigneur etc. Tu feras ainsi entendre une suave mélodie à l’oreille du Seigneur.

Tu y[36] ajouteras les sept modes ou tons[37], en les alternant fréquemment : 1. l’admiration, 2. la bénédiction, 3. la comparaison, 4. le désir, 5. la demande, 6. l’imagination, 7. et l’action de grâce d’une voix qui exulte et qui confesse, réjouissant toute la cité de Dieu[www] par un tel festin.

Au moment de quitter le chœur, tu diras :

« Seigneur, j’ai encore des oraisons privées, des louanges, des bénédictions et tes miséricordes qui sont un chant pour moi en cette terre de mon exil[xxx]. Pour l’heure, bien que je quitte ce lieu de la prière publique, je les chanterai et psalmodierai pour ta gloire[yyy] en allant d’un lieu à un autre, et en offrant dans ta tente la victime de jubilation[zzz], c’est-à-dire en rendant grâce en te parlant dans mon cœur. »

VIII. Quelle est l’heure la plus favorable pour méditer ?

Il faut sans cesse méditer dans la loi du Seigneur[aaaa]. Il convient aussi de ne laisser absolument aucune heure vide de progrès spirituel. Cependant, il faut fixer un certain moment où tu t’appliqueras plus pleinement à Dieu. Selon Jérôme, le temps le plus particulièrement favorable à la méditation est le matin, jusqu’à la troisième heure[38].

IX. écouter volontiers des Messes

Quand tu viens pour la messe, reçois celui qui t’invite à écouter une messe privée[39] comme si tu voyais le pain des anges tomber pour toi du ciel. Tu considéreras celui qui voudrait t’écarter[40] et écouter la messe à ta place comme s’il cherchait à te retirer une bouchée de pain de la gorge, à toi qui défailles de faim.

X. Préparation au chapitre[41]

Lorsque tu viens au chapitre[42], prends soin de revêtir l’armure de Dieu : le casque de la prévoyance, la cuirasse de la patience, le bouclier de la douceur, armes grâce auxquelles tu pourras esquiver les proclamations justes ou injustes. Si tu as péché, dis seulement : « Je me corrigerai[43]. » Sinon : « Je ne me souviens pas. Je me corrigerai. » Ne dis rien de plus[44], rien de moins. Que rien ne te soit arraché, ni cris ni menaces.

Le chapitre du Seigneur avant la Passion[45] :

Pense, à ton arrivée pour le jugement, au chapitre du Seigneur, et au préteur Pilate et aux pharisiens qui criaient contre lui, et aux soldats qui le frappaient sans raison.

Pense au chapitre des saints martyrs, quand ils comparaissaient devant les rois et les grands et leur suite.

Pense au dur chapitre, à l’heure de la mort, devant le Seigneur, quand des milliers de démons crieront contre toi, et que des dizaines de centaines de milliers diront des mensonges contre toi.

Si ce que tu vis en ce présent chapitre est trop dur[46], allèges-en le poids par ces considérations.

Pense que celui qui te proclame est un rasoir. Il veut enlever tous les poils qui te font perdre ta beauté, pour que, devenu le plus beau parmi les fils des hommes[bbbb], tu plaises devant Dieu dans la lumière des vivants[cccc] et que le Roi désire ta beauté[dddd] que les anges désirent contempler[eeee]. Pense que, du ciel, t’est envoyée cette pitance, c’est-à-dire cette correction, qui flatte le palais par un assaisonnement n’est pas toujours au goût de cannelle, mais parfois aussi de moutarde.

Quiconque te proclame, rémunère-le ce même jour, si tu le peux, par quelque service, car il a voulu te relever d’une laideur due au péché.

XI. Le travail[47]

[48].>

Au travail, au moment de la pause[49], ne cherche pas à t’asseoir dans un coin, à l’écart des autres[50]. Que tes yeux soient sur les fidèles[ffff] : assieds-toi avec Jésus au milieu des docteurs, et, tout en te reposant, pense au repos éternel.

Il y avait un de nos frères qui s’asseyait à l’écart des autres, quand ils faisaient la pause. Il commença à être très gravement étrillé par les aiguillons de la chair. Il entendit une voix qui lui disait : « Rentre au camp. » Quand il fut revenu au lieu où étaient les autres, l’aiguillon s’apaisa.

XII. Les repas[51]

Quand tu viens au repas, n’entre ni le premier, ni le dernier.

Si tu ne peux prendre d’un des mets qu’on a préparés, n’attend pas que l’on ait complètement changé ce plat : sers-toi au moins un peu pour faire semblant d’avoir mangé. Si quelqu’un insiste pour que tu manges, réponds en faisant seulement ces signes : « C’est bon, c’est abondant, j’ai fini. »

Pense que ta nourriture a été préparée grâce au travail de bien des gens ; et que Dieu, par le zèle des docteurs, te prépare des délices spirituelles. Pense aux innombrables dangers que bravent les marins qui pêchent les poissons pour satisfaire les désirs de ta chair, et rends grâce à chaque bouchée. Pense aussi au Christ du crucifix, à l’église, qui attend ton action de grâce, ou au Christ qui, à la porterie, attend dans le froid les restes de ton repas.

Fais aussi une croix avec cinq miettes en te disant intérieurement : « Ici reposaient les pieds, ici les mains crucifiées, ici, il incline la tête, ici, avec l’eau et le sang, jaillissent de son côté la miséricorde et une abondante rédemption. »

Tantôt, réserve un tiers de ta portion ou de ton pain, et dis : « Que me donneras-tu, Seigneur, contre cette part ? Faisons un marché : quel don des larmes ? quels désirs saints ? quelles consolations du Saint-Esprit ? quelles protections de ta grâce ? quels regards de tes yeux très aimés me donneras-tu contre ce[52] pain ? »

XIII. La mesure de l’abstinence

Je t’interdis absolument de faire abstinence, mais mange chaque jour selon la mesure indiquée ci-dessous :

Tant que tu es en pleine croissance, prends trois quarts d’un pain d’une livre, et laisse un quart. Ensuite, deux tiers d’un pain suffiront.

Pour le plat cuisiné, celui qui est le plus soluble et digeste, prends-en une seule part s’il est bon, ou la quantité d’une seule part des deux plats, si les deux sont bons.

Sur la mesure de vin ou de bière qui est servie, si elle est moyenne ou même modérée, prends les trois quarts ou presque tout, pour que tes aliments soient mieux digérés et que tu n’éprouves pas de mal de tête. Cependant, veille toujours à ne pas dépasser les bornes de la sobriété, en te souvenant de tous les malheurs qui sont arrivés, sous le coup de l’ivresse, à Noé[gggg], à Lot[hhhh], à Nabal[iiii], selon ce que rapporte la Sainte Écriture.

Exerce-toi avec beaucoup de soin à cette abstinence que l’Apôtre recommande surtout, lui qui a appris à se contenter de ce qu’il avait[jjjj]. Toi donc, demeure toujours content, dans l’action de grâce, de ce qui t’est servi, qu’il te soit procuré plus ou moins, bénis toujours Dieu et ne murmure jamais.

XIV. Les Illusions nocturnes

Si, pendant la nuit, dans ton sommeil, une illusion[53] t’a frappé, ne te contriste pas trop, mais, le lendemain, si quelqu’un t’invite à servir une messe, excuse-toi discrètement devant tout le monde, par signes, comme c’est la coutume, pour que tous comprennent que tu as eu une pollution nocturne.

Un frère, une fois, s’est ainsi comporté chez nous, même sous les yeux des novices, et sans que personne ne l’ait invité à une messe, pour en rougir davantage, et fut libéré de la tentation, à tel point qu’il ne ressentit plus jamais ce genre de démangeaison par la suite, sinon une ou deux fois par an. D’où il appert qu’elle est vraie, la sentence du Seigneur qui dit : « Je glorifie ceux qui me glorifient[kkkk] » et « Qui s’humilie sera élevé[llll] » et « Dieu donne sa grâce aux humbles[mmmm] ».

XV. La manière de lire les Saintes Écritures et l’ordre à suivre

Quand on doit lire, tu veilleras à t’en tenir, à tes débuts, au livre des Us, à l’antiphonaire, aux psaumes, ainsi qu’aux Vies des Pères et au Dialogue de Saint Grégoire. Ensuite, quand tu seras plus avancé dans la vie religieuse et plus prompt aux exercices spirituels, tu y ajouteras une nourriture d’année en année plus solide, et tu parcourras, en lieu et place, l’Ancien et le Nouveau Testament, si tu en as le temps et que tu le peux.

Tu ne dois pas lire les Saintes Écritures seulement pour savoir quelque chose, car ce serait de la curiosité, ni seulement pour qu’on le sache et que tu en tires de la vaine gloire, car ce serait de la vanité, ni non plus pour attaquer ceux que tu n’aimes pas, car ce serait de l’injustice[54]. Use de la lectio divina comme d’un miroir où ton âme puisse voir se refléter son image, soit pour corriger sa laideur, soit pour orner sa beauté. Souviens-toi que ce sont les paroles de Dieu que tu lis, lui qui a ordonné non seulement de savoir et de lire sa Loi, mais de l’observer et de l’accomplir. C’est pourquoi « ceux qui la font ont une intelligence fine[nnnn] ». De même, retiens dans ta mémoire ce que tu lis.

Il y avait un homme sans instruction, quelqu’un de ces parages, qui, homme par ailleurs droit et bon qui avait conçu un esprit[oooo] saint dans son cœur, s’était résolu d’assigner le premier verset du psautier au Père, le second au Fils, le troisième à l’Esprit Saint, et ainsi de suite. Ainsi occupé à décompter ses versets de psaume, il parvint à une telle pureté qu’il guérissait les possédés.

XVI. Livres recommandés pour l’étude

Ce qu’a écrit notre Père Benoît, les Confessions d’Augustin, les Traités sur les psaumes, surtout du psaume : « En toi, Seigneur, j’ai espéré[pppp] » au psaume : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur[qqqq] » et du psaume : « Au Seigneur, dans ma tribulation[rrrr] » jusqu’à la fin. Lis les Sermons sur le Cantique de Gilbert comme s’ils avaient été écrits pour toi et convenaient particulièrement[55] au salut de ton âme, nourriture riche pour l’esprit, et aliment d’une plus pure charité pour la formation de l'intelligence. C’est pourquoi tu dois lire et comprendre ces ouvrages avant tout autre. Et encore : les Conférences de Jean Cassien, les lettres de Saint Jérôme sur la vie monastique et sur l’éloge de la vie solitaire[56], les œuvres d’Aelred, la Lettre aux frères du Mont-Dieu de Guillaume de Saint-Thierry, et les autres œuvres qui donnent une bonne formation et un encouragement à la vie spirituelle. Choisis-les et lis-les consciencieusement mais avec discernement et une grande prudence : tires-en la manière de se bien conduire, la nature des vertus, les exercices des bonnes œuvres, mais ne quitte jamais l’état religieux, une fois que tu l’as embrassé.

Bref, en conclusion : efforce-toi de tirer de tous les genres d’œuvres que tu parcourras de quoi progresser dans le bien, mais sans jamais oser abandonner la profession de vie que tu as choisie une fois pour toutes, ou en changer. « Tu as le droit de cueillir les fleurs du champ que tu traverses, mais pas le champ », selon la parole de Jean Cassien[57]. En tout cas, retiens particulièrement et observe dans les faits cette instruction digne de louange adressée aux frères du Mont-Dieu : « Il faut détacher chaque jour quelques bouchées de la lecture quotidienne et les confier à l’estomac de la mémoire : on les digèrera avec une fidèle application, et on les rappellera pour les ruminer fréquemment[58]. » Fais-y ta méditation, attarde-toi sur elles[ssss] volontiers et longuement.

Tu condamneras sans appel les discussions sophistiques et les débats partisans, qu’ils portent sur des livres profanes ou sur les livres sacrés. Et si tu veux bien être mon ami, tu les anathématiseras : ils troublent la tranquillité de l’esprit et sa douceur – et quelquefois, ils vont jusqu’à l’exterminer complètement.

XVII. La manière de faire soliloque

Ensuite, va, pose le livre, et parle avec toi-même, ce qu’il convient aussi de faire ailleurs, partout où un bienfait de Dieu te revient à l’esprit. Dis : « Que rendrai-je au Seigneur etc[tttt]. ? » C’est la première question à se poser, et la plus importante. La deuxième ressemble à celle-ci : « Combien dois-tu à mon Seigneur[uuuu], ô mon âme ? » Puis adresse-toi aux anges : « Venez, écoutez, et je vous raconterai etc[vvvv]. » Puis tourne tendrement les yeux vers le Seigneur en personne et dis-lui : « Vraiment, Seigneur, elle est grande, ta miséricorde sur moi[wwww] ». Ensuite, passe à la question suivante : « Où fais-tu paître ton troupeau, où couches-tu à l’heure de midi[xxxx] ? Rabbi, où habites-tu[yyyy] ? Seigneur, où vas-tu ? Pourquoi ne puis-je pas te suivre maintenant[zzzz] ? »

Si, tandis que ton cœur fait ces demandes et frappe ainsi à la porte du paradis, une pensée mauvaise surgit, oppose-lui aussitôt la parole suivante : « De qui est cette image et cette inscription[aaaaa] ? » Quand tu auras entendu qu’elles sont de César, du prince du monde, c’est-à-dire du diable, tires-en la conclusion suivante : « Misérable, prends ton argent pour ta perte[bbbbb]. Passe derrière moi, Satan[ccccc]. La porte est déjà fermée[ddddd] et le Seigneur mange ici la pâque. Je ne peux pas t’ouvrir. »

Cela peut paraître tout sot et bien léger aux sots, mais pas à celui qui empêcha pendant dix jours le diable de s’en aller, « sans cesser jour et nuit les divins colloques et la prière[59] ».

Mais si la pensée mauvaise est toujours là, oppose-lui le signe de la croix.

XVIII. Puissance du signe de la croix

Une moniale de cette région avait une telle vénération pour le signe de la sainte Croix qu’il se produisit ceci : alors qu’on devait la porter à la tombe, le visage du crucifix se retourne vers elle du côté par où elle était portée, et ainsi, la tête du crucifix regarde la moniale[60] et demeure résolument dans cette position insolite. Une autre moniale révéla à quelqu'un que son corps s'était complètement décomposé sauf le pouce, avec lequel elle avait l’habitude de tracer sur elle le signe de la Croix.

Tu iras prier en privé deux fois par jour. Tu iras te confesser deux fois par semaine. Si tu as une affaire[61] ou un arrangement avec quelqu’un, prends garde à ne faire ni ne subir quoi que ce soit dont tu devrais rougir ou avoir honte. Ne fuis ni ne recherche les entretiens publics ou privés. Pense cependant que ce sont des fruits sauvages, et qu’il est écrit : « Tout ce qui n’édifie pas les auditeurs met l'orateur[62] en danger[63]. » Et l’Apôtre : « Qu’aucune mauvaise parole ne sorte de votre bouche, mais une parole bonne en vue de la foi, pour donner une grâce aux auditeurs[eeeee]. »

XIX. Éviter la vantardise

Il y a deux choses que je te conseille d’éviter absolument :

Que personne, autant que possible, ne te surprenne en tes exercices de piété, de peur que, Dieu t’en garde, tu ne tombes secrètement dans le vice de l’orgueil ou de l’élèvement. Ne va pas t’imaginer que tu peux avoir ces pensées à volonté.

Quand tu es témoin de la ferveur d’autrui en matière de prière, de silence, de patience, d’obéissance ou autre semblable exercice, rends grâce à Dieu de t’avoir envoyé un modèle et ne sois pas jaloux.

Quand tu vois un frère plongé dans le trouble, rends grâce à Dieu que ce nuage ne soit point passé sur toi et dis : « Qu’aurait fait de moi cette tentation si Dieu l’avait permise ? » Et ne juge pas l’imperfection d’autrui, ne creuse pas le mur de sa conscience, pense à ce qui arrive à ceux qui forcent les murs des maisons[fffff].

Quand tu viens demander quelque chose au prieur, prépare-toi toujours à essuyer un refus. Et si c’est le cas, dis-toi en toi-même : « Qu’est-ce que mérite un baudet, sinon le mors et l’aiguillon ? Je te rends grâce, Seigneur, de ce refus, multiplie la force en mon âme[ggggg]. Moi, je ne peux presque rien revendiquer dans la maison, sinon la cendre, le cilice et la croix. »

XX. La méditation quand tu vas te coucher

Garde ceci en mémoire quand tu vas te coucher :

Tu verras ton drap et ta couverture et, comparant ton lit à un tombeau, tu y entreras comme pour ta sépulture.

Alors, remets ton corps et ton âme en ces mains bénies qui, pour toi, ont été fixées à la croix, et en celles de tous les saints, en suppliant[64] qu’il daigne te regarder avec miséricorde et te protéger des péchés et des dangers et envoyer des cieux ses saints anges qui te garderont, te consoleront et te confirmeront dans le bien, et qui accorderont le rafraîchis­sement à tous les fidèles défunts, afin que, sauvés et sans blessures, ils parviennent à sa miséricorde et se réjouissent sans fin de sa protection. Et tu supplieras de la même façon la Bienheureuse Marie, en disant d’abord : « Salut, sainte, glorieuse et toujours Vierge, pleine de grâce[65]… », puis à présent, à la suite : « Que les âmes de tous les fidèles défunts, par la miséricorde de Dieu, reposent dans la paix. Amen[66]. »

Si tu peux t’endormir, tant mieux. Sinon, c’est un fait d’expérience, récite sept fois « Qui veut être sauvé[67]… », ou bien récite les sept psaumes[68], et tu t’endormiras !

XXI. Éviter l'ostentation

Tiens cachées les pratiques de ce genre, et montre-toi envers tous humble et calme, sociable et serviable, et dissimule à autrui tes exercices de méditation, autant que faire se peut. Aie soin de mettre en relief ce qui a de la valeur chez les autres dans les services de communauté et les petits services personnels, mais sans ostentation.

XXII. Le bien de l’obéissance

Avant toute chose, sois prompt à obéir, le cœur et le visage pleins d’entrain. Et pour que tu saches le bien et l’efficacité de cette vertu, pense au moine Gérard : il était sur le point de désespérer de la miséricorde de Dieu[69] et son abbé lui donnait l’assurance qu’il ne serait pas perdu pour l’énormité de ses crimes, pourvu qu'il obéisse à ses ordres et demeure dans l’Ordre[70] en y persévérant. Affaibli à en mourir, Gérard demeura gisant sur le sol pendant trois jours, les yeux fermés, en extase. Le troisième jour, à la visite de son abbé, le moine ouvrit les yeux et dit : « L’obéissance est une bonne chose. J’ai comparu devant le tribunal du Christ, je l’ai même vu en personne, face à face, qui me disait : 'Voici ta place parmi tes frères. Personne de ton Ordre ne sera perdu, pourvu qu’il ait aimé l’Ordre ; ou bien alors, il sera purifié dans la mort ou peu de temps après sa mort.’ » À ces mots, il reçut la communion et mourut[71].

Exhortation. Oh, mon bon frère, demeure dans le Seigneur, comble ma joie, restaure mon cœur. Ce que j’ai écrit, je ne l’ai par écrit pour beaucoup mais pour toi. « Nous sommes un grand trésor[72] l'un pour l'autre », comme a dit quelqu'un.

XXIII. Méditations pour la nuit et le jour

Quand tu vas dormir, pense à la sépulture de Jésus et à la tienne.

Au réveil, pense à la résurrection.

Pendant la psalmodie, pense à la joie des anges.

Pendant les Laudes, pense au Christ arrêté.

À Prime, pense au Christ comparaissant devant Pilate, attaché à la colonne, rudement passé à tabac et durement flagellé.

Au chant de Tierce, pense au Christ élevé sur la croix ou dans le ciel ; pense aussi que c’est à cette heure que l’Esprit Saint descendit sur les Apôtres.

À Sexte, pense aux ténèbres qui recouvraient toute la terre jusqu’à la neuvième heure, et pendant tout ce temps, embrasse ses genoux ou fais-toi un oreiller[73] des clous de ses pieds, et admire son ineffable pauvreté, parce que, comme l’écrit Bernard : « À cette heure, la terre a manqué à son pied, la boisson à sa bouche, le bois à sa tête, un vêtement pour son côté, un ami pour le consoler[74] » ; ou encore, murmure à part toi d’autres paroles comme : « Souviens-toi de moi, Seigneur, quand tu viendras dans ton Royaume[hhhhh] ».

À None, pense à l’heure où il expira, et dis : « Vraiment, cet homme était le Fils de Dieu[iiiii] », et unis-toi à son âme qui descend aux Enfers, dégage avec lui les captifs des Enfers, repousse le diable dans les profondeurs des Enfers.

Au chant des Vêpres, reviens à la Croix du Seigneur et empresse-toi en toute sollicitude avec Nicodème et Joseph, et demande que le corps soit déposé tout doucement et calmement.

Quand tu viens aux Complies, pense à la façon dont tu dois veiller et garder le tombeau du Seigneur, pour accourir à sa Résurrection et saisir ses pieds avec Marie-Madeleine.

XXIV. Remèdes contre les tentations

Contre ces vices qui se lèvent, apprends à utiliser tel ou tel remède.

Quand tu es frappé de tiédeur, pense qu’aujourd’hui, tu peux accomplir de bonnes œuvres qu’il ne te sera peut-être plus loisible d’accomplir demain. En effet, tu ne sais pas ce que te réserve le lendemain[jjjjj].

Quand tu es secoué par le désir sexuel, oppose-lui le feu éternel.

Quand tu es tenté par la désobéissance, pense que c’est de l’apostasie, ce dont il est dit au Livre des Rois : « Ne pas vouloir consentir est un crime d’idolâtrie[75]. »

Quand tu es tourmenté par l’impatience, pense à ce que le Christ a souffert pour toi.

Quand tu es secoué par la vaine gloire, pense que ce dont tu te vantes ne t’appartient pas, et qu’on te le redemandera avec les intérêts.

Quand tu es tenté par l’orgueil, pense qu’il y en a de meilleurs.

Quand tu es secoué par une volonté[76], pense que celui qui est accusé pour sa volonté sans passage à l’acte[77] se damne pour rien, bien qu’il encoure condamnation pour le fait même ou pour une parole mortelle, car il est puni infiniment et plus sévèrement, à proportion de son progrès dans la perversité de la volonté et de la gravité du genre de péché.

Quand te presse l’entêtement sur tel ou tel détail minime, pense que tu seras mesuré de la mesure même dont tu auras mesuré[kkkkk].

Quand on te fait du tort, pense que tu n’as rien apporté et que tu n’emporteras rien.

Quand tu es dans l’épreuve, pense que les souffrances de cette vie sont sans mesure avec la gloire future qui se révélera en nous[lllll].

Quand tu es secoué par la vanité des bonnes œuvres, pense aux nombreuses bonnes œuvres que tu n’as pas faites, et que, plus tu les auras cachées maintenant, plus glorieusement tu seras connu au jour du Jugement.

Quand la prospérité te sourit, pense à ceci : « Au jour du bonheur, n’oublie pas les malheurs[mmmmm]. »

Quand tu te flattes de ta belle voix chantantes, pense que tu t’enorgueillis de ce qui n’est que vent.

Quand tu es tout heureux de la vigueur et la robustesse de ton corps, reconnais que la moindre fièvre peut te l’enlever sur le champ.

Quand ton esprit tire orgueil de tes connaissances, pense que tu ne te connais pas encore parfaitement toi-même et que beaucoup de choses te demeurent cachées, selon cette parole : « Et ce que tu ne connais pas, peut-être un petit œil l’a-t-il remarqué[78] ? »

Quand tu te préoccupes d’aliments, de boissons, de vêtements très recherchés, réponds au sot selon sa sottise, c’est-à-dire, dis à ce corps corruptible qu’il n’est  qu’un sac d’ordures et qu’il sera bientôt la pâture des vers.

Quand tu supportes mal le poids de la vie religieuse et la monotonie de la discipline, pense à cette parole de Jérôme : « Aucun labeur ne doit paraître dur ni aucun temps trop long quand ils nous obtiennent la gloire de l’éternité[79]. »

Et quand tu luttes contre les pensées, ne crois jamais avoir fait le mieux possible, mais que tu es encore en deçà de la perfection.

Quand te tourmente le désir de faire du cheval, pense à ce qui est arrivé à Dinah qui était sortie simplement pour se promener[nnnnn].

Si ton cœur te suggère que ton départ produirait quelque utilité pour ta maison, pense au départ d’Ésaü, qui perdit la bénédiction paternelle pour s’être attardé à la chasse[ooooo].

Si tu es harcelé par le désir de rendre visite à tes parents, souviens-toi de Thamar, la fille de David, qui, avec l’autorisation expresse de son père, sortit de sa chambre pour rendre visite à son frère malade et fut violée par lui[ppppp].

Voici, mon fils bien-aimé, ce que tu dois éviter par-dessus tout, comme le démon de midi, plus que tous les autres pièges de l’antique ennemi : du jour où tu seras entré en religion, n’accueille jamais cette pensée, ne la couve pas, n’y ajoute jamais foi : que tu serais moins utile en demeurant dans la vie religieuse où tu t’es engagé, et que tu serais plus utile à toi et aux autres dans un autre état ou un autre genre de vie. Car si tu inclines l’oreille de ton cœur à de telles inventions[80], elles diviseront et déchireront ton esprit, qui ne pourrait plus retenir aucun enseignement du maître, aucune onction de la grâce, aucun goût de saveur spirituelle. Ton cœur, en effet, sera comme un récipient brisé qui ne retiendra aucune sagesse. Il s’ensuit que, quand ton esprit est divisé par la considération de tant de genres de vie et d’occupations différentes, tu encours le risque de prendre non seulement en dégoût, mais en horreur la bonne résolution que tu avais prise, et d’en désespérer.

C’est pourquoi il est dit, dans la conférence de l’Abbé Nestorius : « Les âmes légères dépourvues de fondations, quand elles entendent faire l’éloge de tel ou tel pour ses vertus et pratiques, ont coutume d’être attisées par cette louange au point de désirer imiter aussitôt son état de vie et ses pratiques. Et c’est en vain. Car ces changements et cette diversité sont à leur détriment et non pour leur progrès. Car celui qui poursuit plusieurs buts n’en atteint aucun parfaitement. C’est pourquoi il convient à chacun, selon le propos qu’il s’est fixé et la grâce qu’il a reçue, de se hâter avec très grand zèle et diligence de parvenir à l’achèvement de l’œuvre qu’il a commencée. Qu’il loue, aime et admire les vertus des autres, sans cependant jamais s’écarter de la profession qu’il a choisie une fois pour toutes. Car on peut aller à Dieu par bien des voies. Que chacun poursuive donc sa course avec une détermination irrévocable sur la voie qu’il aura choisie une bonne fois, pour être parfait au moins dans un genre de vie[81]. »

Quand la profession d’homme du cloître te devient insupportable, pense à la patience et la douceur avec lesquelles le Christ s’est laissé attacher pour toi à la colonne, et repasse souvent dans ta mémoire ces paroles de Jérôme : « Si la solitude du désert te devient pesante, promène-toi en esprit dans le paradis. Chaque fois que tu te seras promené dans le paradis, tu ne seras plus dans le cloître[82]. »

Quand tu entends le bruit de la tablette appelant au travail[83], pense au premier péché de désobéissance commis par Adam, avec la peine qui lui fut infligée : « Maudite la terre par ta faute, c’est au prix de ton labeur que tu mangeras de son fruit[qqqqq]. » Et alors, quand tu sors, triste et douloureux, repasse en ton esprit son expulsion du paradis : on peut vraiment penser qu’il était près de rendre l’esprit à cause de ses cris de lamentation et de ses pleurs, quand, après le charme, la gloire, le plaisir, la douceur, il se senti précipité si subitement dans une prison tellement horrible, ténébreuse, dans une terre altérée et semblable à la mort. Pense aussi aux grands labeurs que le Christ a supportés pour te rapporter, toi, la brebis perdue[rrrrr], au troupeau céleste, et te rendre au paradis – vraiment, il a pris sur lui nos maladies et a été broyé à cause de nos péchés[sssss]. Il a peiné en supportant[ttttt]. Fais attention, regarde avec soin et représente-toi en ton esprit qu’il n’a pas existé de douleur semblable à la douleur[uuuuu] de celui qui a livré son âme à la mort et, pour toi, a été compté parmi les scélérats[vvvvv].

Quand tu entends la sonnerie de l’église qui te rappelle pour chanter une heure[84], bénis Dieu et rends-lui grâce d’avoir daigné t’inviter à la table des anges, aux concerts du paradis, à la mélodie céleste, t’ouvrant l’accès au paradis, à toi qui en étais exclu, et d’avoir bien voulu éteindre le glaive enflammé placé devant le paradis, par l’effusion de son précieux sang.

À lui honneur et gloire dans les siècles des siècles. Amen.

Fin du manuel de formation du novice : le miroir du novice.

 





[a]     Cf. RB 49, 7

[b]    Cf. RB 6, 8

[c]     Ps 21, 7

[d]    Rm 8, 17

[e]     Mt 25, 21

[f]     Ps 26, 4

[g]     Cf. Lm 2, 19

[h]    Ps 143, 7

[i]     Ps 62, 6

[j]     Ps 70, 8

[k]    Col 2, 30

[l]     Mc 14, 4

[m]    Lc 15, 17

[n]    Is 12, 3

[o]    Lc 16, 24

[p]    Jn 7, 37

[q]    Ps 33, 9

[r]     Mt 11, 29

[s]     Lc 18, 38

[t]     Lc 18, 41

[u]    Ps 105, 5

[v]    Ps 92, 4

[w]    Ibidem

[x]     Cf. Col 3, 17

[y]    1 P 2, 2

[z]    Lc 14, 10

[aa]    Ps 8, 2

[bb]   Ps 30, 20

[cc]    Ps 83, 5

[dd]   Ps 83, 2

[ee]    Ps 91, 6

[ff]    Ps 118, 103

[gg]    Ps 112, 2

[hh]   Ps 144, 10

[ii]    Ps 144, 21

[jj]    Ps 102, 13

[kk]   Ps 41, 2

[ll]    Ps 142, 6

[mm]  Ps 62, 6

[nn]   Ps 102, 14

[oo]   Ps 128, 6

[pp]   Ps 43, 3

[qq]   Ps 34, 7

[rr]    Ps 118, 82

[ss]    Ps 43, 23-24

[tt]    Ps 41, 10

[uu]   Mt 14, 20

[vv]   Mt 15, 27

[ww]  1 Co 2, 9

[xx]    Ps 67, 11

[yy]   Is 3, 7

[zz]   Ps 101, 5

[aaa]   Ps 80, 11

[bbb]  Ps 34, 10

[ccc]   3 R 19, 8

[ddd]  Ps 33, 11

[eee]   Ps 123, 7

[fff]   Ps 150, 5

[ggg]   Pr 8, 31

[hhh]  Lc 4, 22

[iii]    Lc 13, 17

[jjj]    Ps 140, 2

[kkk]  Ps 103, 25

[lll]    Ps 94, 4

[mmm]          Cf. Mt 8, 12

[nnn]  Lc 1, 79

[ooo]  cf. 1 P 2, 9

[ppp] Jn 20, 28

[qqq]  Ps 67, 3

[rrr]   Ps 72, 7

[sss]   Ps 83, 3

[ttt]   Cf. Mc 12, 30

[uuu]  1 Co 6, 17

[vvv]  Ps 75, 11

[www]          Ps 45, 5

[xxx]   Ps 118, 54

[yyy] Ps 107, 2

[zzz]  Ps 26, 6

[aaaa]  Cf. Ps 1, 2

[bbbb] Ps 44, 3

[cccc]  Ps 55, 13

[dddd] Ps 44, 10

[eeee]  1 P 1, 12

[ffff]  Ps 100, 6

[gggg]  Gn 9, 20sq

[hhhh] Gn 19, 30sq

[iiii]   1 R 25, 36-39

[jjjj]   He 13, 5

[kkkk] 1 R 2, 30

[llll]   Lc 14, 10

[mmmm]        Jc 4, 6

[nnnn] Ps 110,10

[oooo] Cf. Is 26, 18

[pppp]         Ps 30

[qqqq] Ps 109

[rrrr]  Ps 119

[ssss]  1 Tim 4, 15

[tttt]  Ps 114, 12

[uuuu] Lc 16, 5

[vvvv] Ps 65, 16

[wwww]        Ps 85, 18

[xxxx]  Ct 1, 6

[yyyy]         Jn 1, 38

[zzzz] Jn 13, 36-37

[aaaaa] Mt 22, 20

[bbbbb]         Ac 8, 12

[ccccc] Mc 8, 33

[ddddd]         Lc 11, 7

[eeeee] Ep 4, 29

[fffff]  Cf. Mt 24, 43

[ggggg] Ps 137, 3

[hhhhh]         Ls 23, 42

[iiiii]   Mt 27, 54

[jjjjj]   Pr 27, 1

[kkkkk]         Mt 7, 2

[lllll]   Rm 8, 18

[mmmmm]      Si 11, 27

[nnnnn]         Gn 34

[ooooo]         Gn 27

[ppppp]        2 S 13

[qqqqq]         Gn 3, 17

[rrrrr]  Cf. Mt 18, 12-13

[sssss] Is 53, 45

[ttttt]  Is 1, 14

[uuuuu]         Lm 1, 12

[vvvvv]         Is 53, 12



[1] Deux traités édités par A. Wilmart, « Les méditations d’Etienne de Salley sur les Joies de la Vierge Marie », Revue d’ascétique et de mystique 10 (1929), pp. 368-415 = Auteurs spirituels et textes dévots du moyen-âge latin, Paris 1932, pp. 317-360 ; « Le Triple Exercice d’Etienne de Salley », Revue d’ascétique et de mystique 11 (1930), pp. 355-374.

[2] E. Mikkers, « Un traité inédit d’Etienne de Salley sur la psalmodie », Cîteaux XXIII/3-4 (1972), pp. 245-288.

[3] E. Mikkers, « Un ‘Speculum novitii’ inédit d’Etienne de Salley », Collectanea ordinis cisterciensium reformatorum VIII (1946), pp. 17-68.

[4] E. Mikkers, « Un traité inédit d’Etienne de Salley sur la psalmodie », Cîteaux XXIII/3-4 (1972), p. 248 ; traduction française partielle dans Liturgie N.S. 39 (1981), pp. 299-323.

[5] Idem, ibidem, n. 5.

[6] Saviniensis ms] Salliensis Mikkers

[7] Avant de passer en revue les observances monastique dans l’ordre chronologique d’une journée, le Miroir consacre les premiers chapitres à un temps de prière silencieuse, qui commence par une « confession des fautes », évidemment non sacramentelle. Ce temps de prière a peut-être lieu juste avant le début des vigiles. Cf. EO 68, 12, et notes 7 et 122.

[8] Cf. RB 4, 57.

[9] otiosis Mikkers] otiis Ms.

[10] Cf. le statut 1217/9 contre la détraction, J. M. Canivez, Statuta Capitulorum Generalium Ordinis Cisterciensis ab anno 1116 ad annum 1786, Louvain 1933, t. I, pp. 466-467.

[11] Il s’agit sans doute de prières surérogatoires demandées par et pour des bienfaiteurs, en particuliers défunts.

[12] Ici, ordo a le sens de « manière (cistercienne) de vivre ».

[13] La formule complète, donnée par Étienne dans ses Méditations sur les joies de la Sainte Vierge, est : « Je te salue, sainte et glorieuse, perpétuelle et tendre Mère de Dieu, toujours vierge Marie, pleine de grâce. Le Seigneur est avec toi. Tu es bénie entre toutes les femmes, et béni est le Seigneur Jésus, le doux fruit de ton ventre béni. Amen. »

[14] « Nous t’invoquons, nous te louons, nous te bénissons, nous t’adorons, nous te glorifions, nous désirons ne servir que toi, ô bienheureuse Trinité », Triple exercice, éd. A. Wilmart, p. 364.

[15] Collecte de la messe de la Trinité : « Dieu éternel et tout-puissant, qui as donné à tes serviteurs de reconnaître dans la confession de la vraie foi la gloire de l’éternelle Trinité, et d’adorer son unité dans la puissance de sa majesté, nous t’en prions, garde-nous toujours sous la protection de cette même foi contre toute adversité. » La messe de la Trinité n’a été introduite dans le rite cistercien qu’en 1175, mais on trouve déjà cette collecte pour le 27e dimanche après la Pentecôte dans le fameux bréviaire cistercien Berlin Ms. lat. oct. 402, daté de ca. 1132, et témoin de la liturgie cistercienne antérieure à la réforme des années 1140, f. 141v, § 1254.

[16] Cf. EO 68, 1.

[17] Verset de l’Office des défunts : « Donne-leur, Seigneur, le repos éternel, et que la lumière éternelle luise sur eux. »

[18] L’office votif de la Vierge, d’abord exclu de la récitation publique, est d’abord permis en privé (cf. Grand Exorde I, 34, 5). Selon un statut de 1157, des moines en voyage peuvent, par exception, le chanter ensemble, cf. C. Waddell, §§§, p. 67, Montpellier 1157/2. C’est toujours le cas vers 1161, cf. C. Waddell, p. 640, Laon 48. Un statut de 1194 ordonne que l’office soit dit à l’infirmerie, et permet qu’il soit dit en dehors de la clôture, mais pas en communauté, cf. C. Waddell, p. 280, 1194/1. Cependant, un statut qui remonte peut-être à 1185, signale que l’office est prié aussi bien en communauté qu’à l’infirmerie, cf. C. Waddell, p. 722, San Isidro 99 – mais il s’agit peut-être d’une coutume propre au monastère de Bujedo, dont provient le manuscrit, et les matines de la Vierge sont alors dites entre les vigiles et les laudes. Il semble qu’à Salley dans les années 1230, l’office était encore une dévotion privée.

[19] Verset pour l’office de l’invention de la sainte croix (3 mai) et pour l’office de l’exaltation de la sainte croix (14 septembre) : « Nous t’adorons, Christ, et nous te bénissons, parce que par ta croix, tu as racheté le monde. »

[20] Début de l’office, EO 68, 14.

[21] Comme le note E. Mikkers, p. 50, n. 26, « Étienne aimait la méditation sur les saints Anges » !

[22] Cf. Aelred de Rievaulx, Miroir de la Charité, I, v, 16.

[23] Le « tu » s’adresse à Dieu.

[24] sit Ms.] est Mikkers

[25] nunc conjeci] nec Mikkers

[26] Pour ce qui suit, cf. Aelred, Vie de recluse, SC 76, pp. 117-145 et la longue méditation sur « Quand Jésus eut douze ans… », SC 60.

[27] Détail imaginé par Aelred, « Quand Jésus eut douze ans… », 6, SC 60, p. 61.

[28] En fait, Aelred imagine que Jésus s’est présenté au Père, le premier jour, aux anges, le deuxième jour, aux patriarches et aux prophètes, le troisième jour, ibidem, 7, p. 63.

[29] jejunans Mikkers] jejunante Ms.

[30] repelle (...) argue] Ms. repellere (...) arguere Mikkers

[31] pallor Mikkers

[32] ceteris avere meditaris Mikkers] meditans Ms.

[33] si organa Mikkers

[34] cum non sicut ms] cum [non] sicut Mikkers. La phrase est difficile.

[35] En fait, il y a plutôt 17 points de méditation.

[36] illae conjeci] illa Ms. : illas Mikkers

[37] Ces 7 tons, comparés aux 7 tons du chant liturgique, correspondent aux 7 formes de prière décrites au c. IV. Les deux mots employés ici, maneries et tonus sont définis par exemple dans C. Maître, La réforme cistercienne du plain-chant. Étude d’un traité théorique, Brecht 1995, p. 418 et p. 423. Étienne se trompe doublement : les deux mots ne sont pas synonymes, et il y a huit modes dans le système dit de l’octoéchos.

[38] Les EO, 71, 3 donnent à la prière tous les temps de lecture et intervalles, en particulier juste après le chapitre.

[39] Les messes privées ont lieu « pendant le temps de la lecture et après l’offertoire de la messe conventuelle » (EO, 59, 1) et requièrent deux témoins (EO 59, 10).

[40] amovere DB Mikkers] admonere Ms.

[41] Il s’agit du chapitre des coulpes.

[42] Le chapitre a lieu après la messe matutinale (EO 70, 1).

[43] Cf. EO 70, 47 et 70 : « C’est ma faute, je me corrigerai. »

[44] amplius DB Mikkers.

[45] Étienne compare le novice accusé au chapitre des coulpes à Jésus passant en jugement devant Pilate.

[46] agitur DB Mikkers.

[47] EO 75

[48] Ce paragraphe manque dans le ms, est ajouté par Mikkers selon DB.

[49] Cf. EO 75, 24-25.

[50] D’ailleurs interdit par EO 75, 21.

[51] EO 76.

[52] isto Mikkers] ipso Ms.

[53] Prescription classique de la littérature monastique : en cas de rêve érotique ayant entraîné une éjaculation pendant le sommeil, le moine n’a aucune pénitence à observer qu’à s’abstenir de la communion sacramentelle. Cf. Mikkers, p. 35 n. 53, et EO 75, 19, et déjà Jean Cassien, Conférences, XXII, SC 64, p. 116sq.

[54] Étienne s’inspire de Bernard de Clairvaux, Sermon 36 sur le Cantique des Cantiques, 3, SC 452, p. 113. Ps 110, 10 est d’ailleurs cité par Bernard en Sermon 36, 4, ibidem.

[55] proprie conjeci] propriae Mikkers

[56] Par exemple les lettres 14 et 52, en tête des exemplaires des lettres de Jérôme dans la tradition cistercienne, suivies des lettres 60, 125 et 22.

[57] E. Mikkers renvoie à Jérôme, lettre 130 à Demetrias, 9.

[58] Guillaume de Saint-Thierry, Lettre aux frères du Mont-Dieu, 122, SC 223, p. 240.

[59] Antienne du magnificat des Vêpres et répons III des Vigiles de S. Cécile, 22 novembre.

[60] illam ms.] illam DB Mikkers

[61] contractu conjeci] contactu ms.

[62] dicentis Mikkers] dicentem ms.

[63] Citation non identifiée.

[64] obsecrans Ms.] omnium sanctorum obsecra Mikkers

[65] Cf. n. 13.

[66] Verset concluant les funérailles.

[67] Le Symbole dit de S. Athanase.

[68] Les sept psaumes de la pénitence : Ps 6, 31, 37, 50, 101, 129, 142

[69] Cf. RB 4, 74.

[70] Par « Ordre », il faut comprendre, moins l’Ordre cistercien en tant qu’institution, que le genre de vie monastique qui y est mené : l’ensemble des observances cisterciennes.

[71] Cf. Herbert, Dialogue des miracles III, 9, PL 185, 1358-1360=Grand Exorde, II, 26.

[72] magnus (...) thesaurus Mikkers] magnum (...) therausum Ms.

[73] Cf. Gilbert de Hoyland, Sermon sur le Cantique, 2, 7.

[74] Mikkers n’a pas trouvé cette citation dans les œuvres de Bernard de Clairvaux et suppose un « pseudo-Bernard ».

[75] 2 S 15, 23

[76] Mikkers corrige : voluntas avec DB. Mais Étienne insiste ici, non sur la qualité (bonne ou mauvaise) de la volonté, mais sur l’opposition entre la simple velléité, moralement neutre, et le passage à l’acte.

[77] pro voluntate sua sine effectu operis conjeci] pro voluntate sine affectu operis DB : pro voluntate sua sive pro affectu operis Ms. Mikkers

[78] Origine de la citation non retrouvée.

[79] Mikkers n’a pas trouvé cette citation chez Jérôme.

[80] DB] Mikkers

[81] Libres citations de Jean Cassien, Conférences, XIV, 4-6.

[82]Citation libre de Jérôme, Lettre 14, 10 : « Les espaces infinis du désert t’effraie ? Mais toi, promène-toi en esprit dans le paradis. »

[83] Cf. EO 75, 1.

[84] Cf. EO 75, 28.

 

 

 



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