Un peu d'histoire

 

Histoire du monachisme
Histoire d'Acey

Histoire du monachisme

... à travers le monde, à travers le temps

De tous temps et en tous lieux, il y a eu des "moines": aussi le "monachisme" ne se présente pas comme un phénomène spécifiquement chrétien, mais comme une démarche plus largement humaine. Des centaines d'années avant le Christ, il y avait - et il y a encore aujourd'hui - des "moines" en quantité considérable en Inde et dans tout l'Extrême-Orient jusqu'au Japon, hindouistes et bouddhistes. Bien ailleurs aussi, on a relevé des façons de vivre qui s'inspirent des valeurs et des pratiques de ce "monachisme" universel.

C'est que l'homme porte en lui un désir d'infini, un sens profond de l'Absolu. Eprouvant un sentiment aigu de l'insuffisance radicale de ce monde changeant et évanescent, il en résulte en lui une soif de communier à un Au-delà qui seul pourrait l'assouvir et donc combler l'homme en son être le plus profond.

Cette visée d'intériorité en recherche d'Absolu va se traduire par une forme de vie typée: un certain retrait du monde, une vie en groupe ou isolée, la pratique du célibat, du silence, d'une frugalité de vie parfois très poussée, de la lecture assidue des livres saints, de la méditation… bref, toute une organisation de vie centrée sur une vie personnelle intériorisée à favoriser, à approfondir.

...dans la mouvance de l'évangile

Il était donc tout normal que, dans la mouvance de l'Evangile du Christ, cette même démarche humaine se retrouve aussi, jaillissant spontanément aux 3ème et 4ème siècles, en plusieurs points géographiquement distants les uns des autres: Egypte, Palestine, Syrie, Asie-Mineure, Gaule, puis péninsule ibérique, Irlande, Italie… avec de grands chefs de file sans liens entre eux: Antoine et Pacôme en Egypte, Basile en Cappadoce, Augustin en Afrique du Nord.

Cependant si ces chrétiens adoptent les valeurs et les pratiques de ce "monachisme" universel, la motivation profonde qui les anime est bien plus précise: leur soif d'Absolu se concrétise en une réponse à l'appel du Christ dans l'Evangile:"Suivez-moi"! Il s'agira donc pour eux de marcher avec le Christ, sous la mouvance de l'Esprit-Saint, vers le Père, le Dieu de la révélation judéo-chrétienne, le Seigneur.

On les a appelés "moines" - du grec monos: un, seul - tant pour leur vie en solitude que pour leur effort d'unifier tout leur être axé sur cette unique fin. Certains vivaient dans l'isolement le plus strict: les ermites: d'autres se regroupaient en communautés: les cénobites.

C'est vers la fin de cette époque fondatrice du monachisme chrétien, au 6° siècle, qu'apparaît en Italie centrale Benoît, à l'origine des monastères de Subiaco, puis du Mont-Cassin. Vers 540, Benoît, comme tant d'autres avant lui, compose une "Règle". Située à la fin de ces siècles fondateurs, on devine que cette Règle a pu profiter de toute une littérature antérieure: Paroles des Pères. Vies des Pères, Règles des Pères… Elle y a puisé ce qu'il y avait de meilleur, tout en faisant preuve d'originalité, avec une touche très personnelle de l'auteur. C'est ce qui en fait le prix et qui explique que postérieurement elle s'est imposée à tout l'occident monastique, préférée à bien d'autres Règles.

Vers la fin du 11ème siècle, tout un mouvement de rénovation naît et se développe dans les milieux monastiques: on se plaint de dérives dans l'observance de certains points de la Règle de saint Benoît. De ce mouvement subsisteront les Chartreux (1084) et les Cisterciens (1098).

...issue de Cîteaux

C'est au sud de Dijon que commence laborieusement le monastère de Cîteaux.

Robert, Albéric et Etienne en sont les premiers abbés : Bernard viendra ensuite et donnera l'élan décisif.

Soucieux d'une plus grande fidélité à la Règle de saint Benoît, les moines du "Nouveau Monastère" prennent plusieurs décisions :

- ils ne construiront leurs monastères qu'en des lieux écartés.

- ils refuseront toute dîme et toute rente, travailleront de leurs mains, aidés par des frères spécialisés dans les tâches matérielles.

- ils banniront tout superflu dans la nourriture, le vêtement, l'architecture, la liturgie…

Cîteaux voit arriver Bernard avec trente compagnons: c'est le début d'une expansion rapide. C'est à Bernard qu'on confie, après trois ans, la fondation de Clairvaux (Aube). Abbé d'une envergure exceptionnelle, il fonde ou affilie soixante-cinq abbayes.

L'Ordre naissant se donne une "Charte de Charité": chaque monastère est autonome, mais l'abbé qui l'a fondé vient régulièrement en faire la visite, et tous les abbés se réunissent chaque année en Chapitre général à Cîteaux.

L'Europe se couvre de monastères de "moines blancs": en 1153, à la mort de Bernard, on en compte déjà 343 et le chiffre montera jusqu'à plus de 700. Quant aux monastères de moniales encore plus nombreux, il est très difficile de les comptabiliser.

...en Franche-Comté

Très tôt la Franche Comté devint terre monastique.

C'est dès la première moitié du 5ème siècle, un siècle avant saint Benoît, que Romain, son frère Lupicin, sa sœur Yole implantent la vie monastique dans le massif du Jura, à Condat, devenu depuis Saint-Claude.

C'est vers la fin du 6ème siècle que Colomban et ses moines irlandais se fixent vingt ans durant à Luxeuil, au pied des Vosges comtoises.

C'est vers la fin du 9ème siècle que Bernon fonde Gigny, puis devient abbé de Baume les Moines, devenu Baume-les-Messieurs. En 909 il en sortira pour fonder le célèbre Cluny.

Au 12ème siècle la rénovation monastique alors en cours pénètre dans la Comté. Au sud ce sont les Chartreux montant des Alpes qui occupent les reculées jurassiennes. Au nord ce sont les Cisterciens venant de Bourgogne qui se déploient dans les vallées comtoises : Morimond fonde Bellevaux dès 1119; Clairvaux fonde Cherlieu en 1131. A la fin du siècle on comptera 13 monastères de moines - dont Acey - , et 5 monastères de moniales.

Histoire d'Acey

Les grandes années: XIIe et XIIIe siècles

Vers 1130, dans un vallon du massif de la Serre, vivaient en ermites deux frères sous la vigilance d'Anséric, archevêque de Besançon. C'est non loin de là, mais dans la vallée et sur les bords même de l'Ognon, que l'abbaye d'Acey va voir le jour, avec les faveurs du même archevêque et de Raynaud III, comte de Bourgogne.

En 1136, Cherlieu (Haute-Saône) récemment fondée par Clairvaux établit là sa première fondation que vont rejoindre les deux ermites du Val Saint Jean. Grâce à un certain nombre de donations généreuses le domaine d'Acey atteindra rapidement six "granges". L'ampleur des constructions d'origine, dont témoignent l'église encore debout malgré bien des épreuves et les restes découverts au hasard de travaux récents, laisse percevoir qu'une communauté nombreuse habitait ces lieux.

Ce fut cette situation florissante du personnel qui permit à Acey de répondre à l'appel du roi de Hongrie Bela III, et en 1184 de fonder sur les bords du Danube l'abbaye de Pilis qui elle-même fondera à son tour trois autres monastères en Hongrie.

Les malheurs des temps: XIVe-XVIIIe siècles

Après deux siècles de cette belle prospérité, les temps difficiles commencèrent pour Acey. L'abbaye subit le contre-coup de divers facteurs communs à beaucoup d'autres, comme la commende. Mais surtout une longue suite de dures épreuves s'abattit sur elle, liées à sa situation particulière dans une zone frontalière tumultueuse. Elle se trouve en effet en Comté de Bourgogne et donc en terre d'Empire, mais à proximité du Royaume de France outre Saône, dans cette Franche-Comté qui sera du 15ème au 17ème siècles pomme de discorde entre la France et l'Empire.

Par vagues successives, des troupes armées de diverses obédiences envahissent et ravagent la contrée, la laissant exsangue et en ruines. On devine les répercussions de ces douloureux évènements sur l'abbaye souvent vidée de ses moines partis chercher ailleurs un refuge plus sûr.

Les bâtiments à l'abandon souffrent du manque d'entretien, et vers 1650 les voûtes des six premières travées de la nef centrale de l'église s'effondrent. Quelque temps après, en 1683, un incendie détruit le monastère du 12ème siècle.

Au 18ème siècle, la Franche-Comté est désormais terre française et en même temps contrée paisible. Ce sera une période de reconstruction dont bénéficiera l'abbaye d'Acey. Si pour l'église on se contente d'élever un mur pour préserver et consolider ce qui reste de l'origine, on reconstruit à neuf les trois ailes du monastère selon les plans de l'architecte Attiret de Dole : bâtiment de belle allure mais qui conserve une note de simplicité cistercienne, loin du grandiose de certaines constructions du 18ème siècle.

Le portail d'entrée comporte une très belle grille qui porte en écusson la date de 1780: c'est la fin des travaux de reconstruction, et dix ans après c'est la Révolution. Celle-ci disperse les quelques moines restants et vend terres et bâtiments, regroupés en lots divers.

La reprise: XIXe siècle

A la différence de tant d'autres monastères, celui d'Acey ne fut pas démoli, et dès 1829 les sœurs Marianistes y établissent un pensionnat de jeunes filles.

A leur départ pour Lons-le-Saunier en 1853, la vie monastique reprend à Acey, mais de façon laborieuse: un prieuré de Bénédictins, fondé par Solesmes, ne dura que quelques années; puis ce furent des essais d'implantation de Cisterciens, des Neiges d'abord, puis des Dombes, qui n'eurent pas plus de succès.

En 1873, l'abbaye d'Aiguebelle (Drôme) devient maison-mère et cette fois la vie monastique reprend de façon durable. La restauration de l'église, 1900-1910, est de bon augure. Mais la situation reste inconstante et fragile tant au point de vue des effectifs que des ressources.

L'aujourd'hui

En 1937 enfin arrive d'Aiguebelle un jeune Supérieur à la tête d'une bonne dizaine de jeunes moines. Acey retrouve son titre d'abbaye et reprend une vitalité nouvelle qui ne s'est pas démentie jusqu'à nos jours. Grâce à un atelier d'électrolyse judicieusement lancé et géré, les ressources deviennent satisfaisantes et permettent de faire face à des travaux importants de construction, de réhabilitation ou d'entretien, concernant l'église, le monastère, l'hôtellerie, le bâtiment d'accueil des groupes de jeunes.

C'est dans ce cadre renouvelé et à partir de cet élan de vitalité que la communauté d'aujourd'hui s'efforce de garder l'esprit du premier Cîteaux en notre temps, seule héritière des treize monastères d'hommes fondés en Franche-Comté au 12ème siècle.

 


Abbaye cistercienne de Notre-Dame d'Acey
39350 Vitreux (France)
Tél. 03 84 81 04 11