Homélies du 1e janvier 2017 pour la Solennité de la maternité de Marie

N-D d’Acey, dimanche 1er janvier 2017

Solennité de la Maternité de Marie – 2017

Nombres 6, 22-27                 Galates 4, 4-7                Luc 2, 16-21                               Homélie de P. Jean-Marc

 

Quand on y pense, pour les bergers ce fut une sacrée nuit ! Ou mieux, une nuit sacrée !

De mémoire de berger, on n'avait jamais vu ça : un ange qui surgit devant vous, une lumière céleste qui vous enveloppe et illumine tout, l'annonce extraordinaire de la naissance du Sauveur, le chant des chorales célestes… et, enfin et surtout, la découverte du nouveau-né couché dans une mangeoire. Une nuit pareille, ça ne s'invente pas ! Qui aurait pu l'imaginer ? Il est vrai que cette nuit-là, le ciel avait fait fort.

Mais pour ces bergers, considérés comme moins que rien dans le monde d'alors, ce ne fut certainement pas la moindre des surprises que de percevoir l'étonnement des gens devant ce qu'ils racontaient de leurs aventures nocturnes. C'était bien la première fois que le ciel leur accordait pareille visite et que sur la terre on les prenait au sérieux ! On comprend dès lors qu'ils soient repartis le cœur débordant de jubilation, glorifiant et louant Dieu pour tout ce qu'ils avaient entendu et vu.

Et nous, Frères et Sœurs ?... Nous qui, 2000 ans après les bergers, découvrons à notre tour Marie et Joseph avec leur nouveau-né, allons nous repartir nous aussi en glorifiant et en louant Dieu ?

Il est vrai que nous ne voyons – à travers des récits évangéliques et les personnages de la crèche – qu'une “représentation” des événements que les bergers, eux, ont vu et contemplé de leurs propres yeux.

Notre aventure à nous est peut-être moins émouvante. Elle n'en est pas moins bouleversante si nous savons ouvrir tout grand les yeux et les oreilles de notre foi. Ainsi, par exemple, si nous savons nous émerveiller de ce qui est dit dans l'Évangile sur l’imposition du nom au nouveau-né de Marie : « L'enfant reçut le nom de Jésus. »

Cette notation vous paraît probablement banale. N'est-il pas naturel que cet enfant, comme tous les enfants du monde, reçoive un nom ?… Mais en nous rapportant ce fait, l'Évangile nous entraîne infiniment au-delà d'une simple information anecdotique.

Aujourd'hui, la majorité des gens choisissent le nom de leurs enfants, non plus en référence à tel ou tel saint, mais en fonction de la mode, de telle vedette du cinéma ou du sport. Semblable mentalité est aux antipodes de la pensée biblique, comme d'ailleurs de la plupart des cultures anciennes (encore que dans l'Antiquité, les Romains étaient devenus si prosaïques, si étrangers au mystère du nom, qu’ils se contentaient d'appeler leurs enfants selon leur rang dans la famille : Primus, Secundus, Tertius, Sextus, etc…

Pour l’homme de la Bible, le nom exprime l'identité la plus profonde de celui qui le porte. Le nom, c'est la personne elle-même, sa vocation. Aussi prononcer le nom, c'est avoir prise sur son être intime. Cela est si vrai que lorsque les juifs lisent dans la Bible le Nom de Dieu, il ne le prononcent jamais, mais le remplacent par des vocables  tels que : « le Seigneur », « le Très-Haut », « le Très-Saint », « l'Eternel ». Prononcer le Nom de Dieu serait mettre la main sur lui et donc commettre un sacrilège.

Revenons au nom que l'enfant de la crèche reçoit : « le nom que l’ange lui avait donné avant sa conception ». Parler de révélation céleste du nom de Jésus, c'est souligner que ce nom nous est offert comme directement inspiré par Dieu, comme le fruit de sa volonté.

Le nom de Jésus (qui signifie “Dieu sauve”) est une grâce unique entre toutes. Elle ne relève pas de nos vouloirs ou de nos projets : ce n'est pas la chair et le sang qui nous ont révélé cela, mais notre Père qui est aux cieux.

Désormais, prononcer ce Nom béni, c'est communier à la personne même de Jésus Sauveur. C'est respirer et vivre au rythme de son Esprit Saint.

Tandis que les autres réalités du monde sont contingentes, fluctuantes, interchangeables (elles pourraient ne pas exister), celui que nous nommons « Jésus » est unique, irremplaçable, lui qui instaure un dialogue d'amour entre Dieu et l'humanité.

Oui, notre Dieu et Père est cet Amoureux qui nous révèle, comme en un secret d’amour, le nom de son bien-aimé : Jésus.

Jésus ! Il suffit de prononcer ce nom, de le murmurer pour ne plus faire qu'un avec Dieu. Entendre prononcer ce nom comble de joie et de bonheur. Il est pour nous « saveur de vie » qui nous introduit à nouveau dans ce paradis où Dieu nous parle face-à-face, cœur à cœur.

« Voici la preuve que vous êtes des fils : Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans nos cœurs, et cet Esprit crie « Abba ! », c’est-à-dire : Père ! Ainsi tu n’es plus esclave, mais fils, et puisque tu es fils, tu es aussi héritier : c’est l’œuvre de Dieu. » (Gal 4, 6) 

La “Prière de Jésus”, si familière à l'Orient chrétien, n'est rien d'autre que l’invocation du Nom de Jésus. Prière silencieuse ou murmurée, sans cesse répétée, dite avec la plus grande tendresse. Celui qui, dans son cœur, prononce ainsi le Nom de Jésus au fil des heures, des activités, des événements et des rencontres, celui-là sait qu'un tel Nom peut combler ses aspirations et son espérance.

Vraiment, ce Nom béni entre tous ne pouvait nous être révélé que par les anges !

 

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