Homélie du Jour de Pâques 2017 par Dom Jean-Marc

N-D d’Acey, 16 avril 2017

 

Messe du Jour de Pâques 2017

 

Actes 10, 34a.37-43            Colossiens 3, 1-4             Jean 20, 1- 9               Homélie de P. Jean-Marc

 

Si à l’improviste je vous parlais de “tombeau vide”, à quoi penseriez-vous ?…

A Pâques, bien sûr !… Pâques ! Jour de joie où le Christ ressuscite. Pâques, Jour de victoire où le croyant peut affirmer le triomphe de Dieu sur la mort. Pâques, Jour d’espérance et d’allégresse.

Mais le tombeau, à l’origine, au premier matin de Pâques, a signifié tout autre chose ! Non pas la victoire et le bonheur, mais le vide, l’absence, le désarroi, la course panique… et le refrain obsessionnel : « Nous ne savons pas où on l’a mis ! » Au premier matin de Pâques, devant le tombeau vide, la réaction de Marie-Madeleine n’a pas été de chanter un “Alleluia !”, ni un “Christ est ressuscité !”, mais de se laisser gagner par la panique.

Elle qui se rendait au tombeau, « alors que c’était encore les ténèbres », comme nous le précise intentionnellement l’évangéliste, reste prisonnière de l’obscurité. Elle ne voit rien ! Rien d’autre que sa peine et son angoisse, enfermée dans sa douleur au point que le vide en elle est plus grand encore que celui du tombeau. C’est pourquoi, c’est une femme désespérée qui court auprès de Simon-Pierre et de l’autre disciple pour leur crier : » On a enlevé le Seigneur du tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. »

Cette réaction peut faire sourire, 2000 ans après. Mais attention, ne prenons  pas trop vite à la légère le comportement de Marie-Madeleine. Car si l’évangéliste la met en scène c’est parce qu’elle a un rôle exemplaire. Certes, elle tient une place de choix parmi les intimes de Jésus, elle qui, la première, a vu le Ressuscité et a reçu de Lui la mission d’annoncer aux Apôtres sa Résurrection (c’est ainsi que la Tradition la plus ancienne la nomme : « apôtre des Apôtres » ou « évangéliste des Évangélistes »). Mais elle est aussi la figure même de celles et ceux qui, saisis par l’amour de Jésus, voudraient ne jamais être privés de sa présence… et qui sont douloureusement déstabilisés lorsque cela advient.

Marie-Madeleine, en somme, c’est nous ! Nous qui sommes perpétuellement tiraillés entre le doute et la foi, la tristesse et la joie, le découragement et l’espérance… mais toujours en recherche du Seigneur. N’oublions pas que Marie-Madeleine est la seule dont le désir, ne pouvant se résoudre à la disparition de celui qu’elle aimait, fut assez intense pour la ramener de grand matin au tombeau.

Mais, pour que nous passions de l’obscurité à la lumière, du vide de notre cœur au bonheur de la foi, et que l’horizon de Pâques s’ouvre véritablement, il nous faut avec Marie-Madeleine, l’aide des autres disciples.

Ce n’est donc pas par hasard si notre Évangile met en scène deux autres personnages : Pierre, et “l’autre disciple”, “celui que Jésus aimait”. Leur présence nous rappelle que la foi n’est jamais une démarche isolée, mais se vit toujours en relation, en communion avec d’autres croyants. On ne peut être chrétien qu’en Église, communauté des disciples et Corps du Christ.

Marie-Madeleine représente l’intuition, l’élan de l’amour. Elle nous apprend que nous ne pouvons être disciples de Jésus sans la spontanéité d’un cœur aimant, alors que si souvent (avouons-le) nous n’osons pas exprimer nos sentiments profonds et nous avons peur de témoigner de notre foi.