Homélie du 4ème Dimanche de Pâques 2017 –Année A par Dom Jean-Marc

 

N-D d’Acey, 7 mai 2017

Eucharistie du 4ème Dimanche de Pâques 2017 – A

Actes 13, 14.43-52              Apocalypse 7, 9… 17             Jean 10, 27-30

   Homélie de P. Jean-Marc

 

La question cruciale que l’on retrouve tout au long de l’Évangile, et qui aboutira finalement à une rupture complète entre l’Eglise et la Synagogue, est de savoir qui a autorité pour enseigner et conduire le peuple de Dieu. Est-ce la hiérarchie juive avec ses prêtres, ses lévites et ses scribes… dont la légitimité remontant à Moïse n’est plus à prouver, ou bien est-ce ce Jésus, dont on ne sait trop ni d’où il vient ni qui il est, sinon qu’il se prétend l’Envoyé de Dieu, le Messie ? Prétention exorbitante et littéralement scandaleuse. On peut citer ici ce que rapporte Jean dans la finale de ce même chapitre 10 sur le Bon Pasteur : « Beaucoup de ceux qui écoutaient Jésus disaient : c’est un possédé, il est fou. Pourquoi l’écoutez-vous ? » Et dans un autre passage, à propos des disciples eux-mêmes : « Ce qu’il dit là est intolérable, on ne peut pas continuer à l’écouter. »

Il faut bien avouer : l’enjeu est énorme et concerne au premier chef chacun de ceux qui se disent chrétiens, donc, aujourd’hui, vous et moi. Jésus est-il bien ce qu’il prétend être ou bien n’est-il qu’un imposteur, un de ces illuminés comme on en trouve à toutes les époques. Par conséquent, pouvons-nous lui faire confiance et fonder notre vie sur sa personne et son enseignement ?

La première lecture de cette messe nous rapportait la prédication de l’apôtre Pierre au jour de la Pentecôte : « Que tout le peuple d’Israël en ait la certitude : ce même Jésus que vous avez crucifié, Dieu a fait de lui le Seigneur et le Christ. » Voilà ce qu’annonçaient, au risque de leur vie, les premiers chrétiens. Et depuis lors, à travers des siècles de persécutions (et ça continue encore aujourd’hui), des hommes, des femmes et des enfants subissent épreuves et mort violente plutôt que de renier ce qui est au cœur de la foi, au cœur de leur vie : Jésus est mon Sauveur. Jésus est mon Seigneur. Il est le visage, la présence de Dieu au cœur du monde.

Lorsqu’on lit l’Évangile de saint Jean, on va de découverte en découverte sur l’identité de Jésus. Il nous est présenté comme la Lumière du monde, l’Eau vive, le Pain de la Vie, l’Agneau de Dieu qui enlève et prend sur lui le péché du monde. Aujourd’hui, il se révèle à nous comme la Porte, le passage unique qui nous introduit dans la demeure de Dieu : « Je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé. » Encore faut-il trouver cette porte !… C’est ainsi que pour nous éviter l’erreur et l’errance, Jésus se fait également notre Pasteur, celui qui nous guide et nous entraîne à sa suite par le juste chemin. Nous pouvons alors prendre à notre compte l’image des brebis qu’il appelle chacune par son nom, qu’il conduit en marchant à leur tête et qui le suivent car elles connaissent sa voix. Les mots si connus du psaume 22, que pendant des siècles les juifs ont attribué à Dieu, les chrétiens osent désormais les prier en référence à Jésus Christ : « Le Seigneur est mon berger : je ne manque de rien. Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal. »

Ces images de « berger » et de « brebis », parlent d’elles-mêmes, mais bien évidemment ne doivent pas être comprises de manière littérale. Notre vie chrétienne ne peut se vivre sur un mode grégaire, en suivant le mouvement général ou en attendant les consignes d’en haut.

Nous sommes appelés à une relation personnelle libre et aimante avec le Seigneur Jésus. Il nous appelle, chacun et chacune, par notre nom, il nous connaît au plus intime de nous-mêmes : « Je ne vous appelle plus serviteurs mais amis. Car tout ce que j’ai reçu de mon Père je vous l’ai fait connaître. » Jésus nous introduit dans l’intimité de sa vie de Ressuscité et, comme le disait saint Pierre, il accorde à chacun de ceux qui se font baptiser en son nom le don de son Esprit Saint.

Ainsi, Frères et Sœurs, l’Évangile de ce jour nous permet de mieux comprendre de quoi il s’agit lorsqu’on nous demande de prier instamment pour les vocations en ce quatrième dimanche de Pâques.

L’Église, Corps du Christ, a un besoin urgent de ministres ordonnés (les prêtres, les diacres) qui vivifient le Peuple de Dieu par la Parole de Dieu et les Sacrements, et elle ne peut se développer sans la grâce multiforme de la vie consacrée. Mais elle ne compte pas moins sur le rayonnement et le témoignage de chaque baptisé.

À nous, comme à tous ceux qui se nourrissent de la Parole et de l’Eucharistie du Christ, notre unique Pasteur, incombe la responsabilité d’exercer une mission de « pasteur », envers les autres chrétiens ainsi qu’envers tous nos frères et sœurs humains proches ou lointains. Responsabilité qui peut s’exprimer de bien des manières : par le témoignage de notre vie ; par nos engagements pour la justice, la paix et la fraternité, etc… mais surtout par notre prière incessante en leur faveur.

Oui, ne cessons pas de demander au Seigneur de répandre sur eux tous la puissance de son Esprit Saint afin que les multitudes qui errent sans berger et sans espérance le reconnaissent comme leur véritable Pasteur, suivent sa voix et obtiennent la plénitude de la Vie.

 

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