Homélie pour la Solennité de l’Assomption de Notre-Dame – 2017 par Dom Jean-Marc

 

Abbaye Notre-Dame d’Acey,   mardi 15 août 2017 – année A

Solennité de l’Assomption de Notre-Dame – 2017

 

Apocalypse 11,19a ; 12,1-6a.10ab      I Corinthiens 15,20-27a      Luc 1, 39-56              Homélie de P. Jean-Marc

 

 « Un grand signe apparut dans le ciel : une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles. Elle est enceinte, elle crie dans les douleurs et la torture d’un enfantement. »

Cette Femme, dont l’évangéliste Saint Jean a eu la vision et qu’il nous décrit dans le Livre de l’Apocalypse, cette Femme c’est l’Église confrontée au Dragon, personnification du mal, qui s’acharne sur les croyants, mais aussi sur tant de nos contemporains broyés par l’injustice, la misère, la haine et la violence multiforme.

Cette Femme, c’est aussi Marie, la mère de Jésus qui au jour de son Assomption entre dans la gloire de Dieu. Elle aussi a connu les douleurs et la torture d’un enfantement lorsque celui qu’elle avait mis au monde a connu rejet et mort hideuse sur une croix. Mais aujourd’hui encore, elle connaît les douleurs et la torture de notre propre enfantement, puisqu’elle a un rôle privilégié pour mettre au monde de la sainteté les membres du Corps du Christ, ses frères et sœurs, c’est-à-dire vous et moi. Le vieillard Syméon le lui avait bien annoncé lors de la Présentation dans le Temple : «  Ton enfant sera un signe de contradiction, et toi, ton âme sera traversée d’un glaive. » (Lc 2, 35)

Marie et l’Église sont désormais indissociables. Nous ne pouvons aimer Marie sans aimer l’Église, et nous ne pouvons devenir membre actif de l’Église sans invoquer Marie comme notre Mère.

Avec Marie, l’Église se met en route pour aller à la rencontre de la vie. Elle rend visite aux femmes et aux hommes et, au-delà des stérilités apparentes elle est à l’affût de ce qui naît, de ce qui est possible, de la vie qui palpite en eux.

Avec Marie, l’Église se réjouit et chante. Au lieu de se lamenter sur son sort et sur les malheurs du monde elle s’émerveille de ce qui est beau sur la terre et dans le cœur des hommes car elle y reconnaît l’œuvre de Dieu.

Avec Marie, l’Église se sait enveloppée de l’amour gratuit d’un Dieu qui a des entrailles de mère. Elle l’a vu, Dieu, guettant avec grande anxiété l’improbable retour du fils prodigue ; elle l’a vu se jeter à son cou, passer à son doigt l’anneau de fête et organiser lui-même la fête des retrouvailles. Elle l’a vu s’invitant chez Zachée, le riche, perché sur son sycomore, et manifestant sa prédilection pour les marginaux, les pécheurs publics, les étrangers et les lépreux, et même pour le meurtrier crucifié à ses côtés.

Alors, vous comprenez, l’Église comme Marie ne désespère de personne. Elle “n’éteint pas la mèche qui fume encore”. Quand elle trouve quelqu’un sur le bord de la route, blessé par la vie, elle est saisie de compassion. Et avec une infinie douceur elle soigne ses plaies. Elle est le port assuré toujours ouvert, le refuge des pécheurs, la mère de miséricorde : «Mater misericordiae».

L’Église comme Marie n’a pas un chemin tout tracé d’avance et elle ne prétend pas tout savoir. Elle connaît les doutes et les inquiétudes, la nuit et la solitude. Elle accepte de chercher. C’est le prix de la confiance. C’est le fruit de l’amour qui consent et s’abandonne.

Avec Marie, l’Église habite à Nazareth, dans le silence et la simplicité. Elle sort de chez elle pour parler avec les proches et les lointains. Elle pleure et se réjouit avec eux. Mais jamais elle ne leur fait la leçon. Et écoute, surtout. Et si certains ressentent envers elle méfiance ou rejet, d’autres par contre aiment s’asseoir un moment dans sa maison pour y respirer la paix.

Avec Marie, l’Église se tient au pied de la Croix. Elle ne se réfugie pas dans une forteresse ou dans un silence prudent quand les hommes sont écrasés. Elle est exposée, dans ces actes comme dans ses paroles. Avec un humble courage, elle se tient aux côtés des plus petits.

Avec Marie l’Église laisse entrer le vent de Pentecôte qui pousse dehors et qui délie les langues. Et si elle prend la parole, ce n’est pas pour condamner mais pour susciter l’espérance. Avec Marie l’Église proclame que la Promesse est tenue, que le combat est gagné, que le Dragon, même s’il se déchaîne encore, est déjà vaincu : Christ est ressuscité ! Le Père « a tout mis sous ses pieds. »

C’est vrai, nous sommes dans l’intervalle, dans le temps de l’histoire humaine. Et c’est une histoire douloureuse. Pourtant tous les soirs, à la fin des vêpres, l’Église chante le Magnificat. Car l’Église sait où sa joie demeure. Et voici : Dieu n’a pas trouvé inhabitable notre monde ; il n’a pas trouvé inhabitables les plaies du monde, la violence du monde, la méchanceté du monde. C’est là qu’il nous a rejoints et qu’il demeure avec nous jusqu’à la fin du monde.

Et là, sur la croix, nous avons vu la “Miséricorde”, le Cœur ouvert de notre Dieu. C’est là, aux pieds de la Croix, qu’un peuple est né, un peuple marial : « Voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, Jésus dit à sa mère : “Femme, voici ton fils”. Puis il dit au disciple : “Voici ta mère“. A partir de cette heure, le disciple la prit chez lui. »

Frères et sœurs, soyons de ce peuple. Prenons Marie chez nous. Entrons avec elle dans “l’humble et déchirant bonheur” d’aimer et d’être aimé. Et l’Église sera dans ce monde, comme le disait Thérèse de Lisieux, “un cœur brillant d’amour”.

 

 

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