Homélie de P. Jean-Marc pour la Solennité de St Bernard — 2017

N-D d’Acey, dimanche 20 août 2017

Solennité de St Bernard — 2017

 

Siracide 39, 6-10         Philippiens 3, 17 – 4, 1        Matthieu 5, 13-16                    Homélie de P. Jean-Marc

 

« Vous êtes le sel de la terre.… Vous êtes la lumière du monde. »

En disant cela, Jésus ne s’adresse pas à une élite, mais à tout chrétien… à vous et moi !

Dans ce monde sans horizon, souvent insipide et étouffant, où, comme le disait Saint Paul « beaucoup ne pensent qu’aux choses de la terre », Jésus nous demande de mettre de la saveur : «Vous êtes le sel de la terre. »

Dans une société plongée dans les ténèbres du mensonge, de l’injustice, et des tragédies qui ensanglantent notre terre, Jésus nous demande de porter la lumière : « Vous êtes la lumière du monde. »

Un programme qui a de quoi nous faire peur, et par avance ne peut que nous décourager nous qui ne percevons que trop nos limites et nos infidélités. Nous ne sommes pas des saints, n’est-ce pas !… Le Seigneur ne peut donc exiger de nous l’impossible !… Mais ce que Jésus attend de nous ne relève pas de l’héroïsme, mais de la confiance. Et c’est tout autre chose.

Car Jésus ne nous dit pas : « Soyez le sel de la terre. »–« Soyez la lumière du monde. », mais « Vous êtes le sel de la terre.… Vous êtes la lumière du monde. » Devenez donc ce que vous êtes en tant que chrétiens.

En d’autres termes, il ne s’agit pas de tirer de notre propre fond la saveur et la lumière, mais de laisser rayonner en nous, par nous, Celui qui depuis notre baptême demeure par son Esprit Saint au plus intime de notre être, Jésus le Seigneur, et qui fait de nous les membres de son Corps (qui est l’Église).

Nous sommes certes marqués par bien des pauvretés et des limites, mais nous portons en nous un trésor. Et c’est ce trésor qui fonde notre dignité et nous donne alors une audace et une générosité que nous n’aurions jamais pu tirer de notre propre fonds.  C’est lui, Jésus, qui est sel de la Terre et Lumière du monde, lui que Dieu notre Père a envoyé parmi nous pour nous guider vers le Royaume.

Comme la lampe branchée sur la prise de courant éclaire, non par elle-même, mais par l’énergie qu’elle reçoit, de même c’est en demeurant branchés sur le Christ que sa vie et sa lumière pourront nous saisir et rayonner dans nos propres existences : « Vous tous qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ. »

Saint Bernard ne cesse de nous mettre en garde : notre vie de disciples du Christ ne consiste pas à suivre des normes rigides ou à nous imposer des pratiques pénibles, mais « à marcher sur le chemin de l’amour ». Je traduirai volontiers l’essentiel du message de Bernard en disant : Toi qui veux être fidèle au Christ, sache qu’il n’attend qu’une chose : que tu lui ouvres la porte de ton cœur, et que tu te laisses aimer par lui… et, en retour, que tu répondes à cet amour par ton amour. Un amour qui n’en reste pas aux grands sentiments, mais s’exprime dans des actes concrets marqués par l’attention aux autres et la disponibilité joyeuse.

Pour nous y aider, saint Bernard nous donne quelques conseils précieux :

I- Commence par prendre du temps pour toi… et pour ton Dieu

Bernard écrivait à l’un de ses moines devenu Pape :  « Si ta vie n’est qu’une course permanente où tu t’épuises sans rien te réserver pour te nourrir toi-même et prendre du temps pour la réflexion et la prière, je ne vais certainement pas te féliciter.

Car, si tu veux que ton humanité soit pleine et entière, à l’exemple du Christ qui s’est fait tout à tous, il faut qu’elle t’inclue toi-même aussi dans cette ouverture du cœur que tu réserves à tous. Autrement, que te sert-il, comme disait le Seigneur, de gagner l’ensemble des hommes si toi tu te perds ? »  (La Considération L 1,6)

 

Il en va de notre relation avec le Seigneur comme de toute relation humaine. Nous le savons par expérience, si nous ne prenons pas du temps pour nourrir et stimuler nos vies de couple, de famille ou de communauté, celles-ci s’étiolent et deviennent peu à peu un fardeau de plus en plus difficile à supporter.

 

II- Va au large par l’action de grâces… au lieu de patauger dans la mauvaise tristesse et le ressentiment.

Bernard ne cesse de nous encourager à mettre notre « joie dans le Seigneur qui comble les désirs de notre cœur. » Car il ne faut pas que la tristesse de nos épreuves n’endurcisse notre cœur et nous enferme dans la désespérance.

Pas de meilleur antidote contre ce poison que l’action de grâce : « Je vous invite instamment mes amis : écartez fréquemment vos pas du souvenir pénible et angoissé de vos propres cheminements pour marcher plus à l’aise dans le souvenir heureux des bienfaits de Dieu. De la sorte, vous qui avez honte de vous regarder, vous reprendrez haleine en portant votre regard sur Dieu. » ( Ct 11,2)

Et encore : « Que notre cœur soit constamment occupé à rendre grâce à Dieu afin d’attirer sur nous ses bienfaits avec plus d’abondance, voilà le vrai moyen de sauver nos âmes. » (S. div. 27, 1)

« Plus grande est la tendresse de Dieu que n’importe quelle injustice. »

 

III- En toute circonstance prends appui sur le Christ

Car le Christ Jésus est pour nous un roc solide sur lequel nous pouvons camper en toute sécurité : « Sur ce roc je trouve un appui solide et je suis à l’abri de l’ennemi. (…) Je m’y sens d’autant plus protégé que sa force salvatrice est plus grande. L’univers chancelle, le corps pèse de tout son poids, le diable tend ses pièges : je ne  tombe pas car je suis campé sur un roc solide. » (S. Ct 61, 3)

Ce qui peut alors nous aider au quotidien pour demeurer stable sur ce roc, c’est l’invocation du nom de Jésus : « le nom de Jésus est lumière, mais aussi nourriture » Et Bernard de nous dire : Es-tu triste et découragé ? Que le nom de Jésus soit sur tes lèvres et dans ton cœur. La lumière de ce nom dissipera les ténèbres et ramènera la limpidité dans ton ciel. Ou bien quelqu’un se sent coupable d’une énorme faute et sombre-t-il dans le désespoir ? Qu’il invoque le nom de Jésus. Il retrouvera aussitôt le souffle de la Vie ?

C’est cette même confiance sans limite en la miséricorde et la tendresse du Seigneur qui fera dire à Thérèse de Lisieux : « Si j’avais commis tous les péchés qui se peuvent commettre, j’irai, le cœur brisé de repentir, me jeter dans les bras de la miséricorde de Dieu. »

« Devant ce Nom sauveur, qui pourrait continuer à se sentir dur de cœur, morne et engourdi, l’âme pleine de rancœur ou amollie par le dégoût ? »« Que l’on invoque donc Jésus ! Son nom ne peut que ramener immédiatement la confiance en chassant la peur. Si celui qui perd confiance au sein de l’adversité et déjà commence à perdre pied, prononce ce nom protecteur, le courage ne lui manquera jamais. »

 

En guise de conclusion je vous citerai volontiers un quatrième conseil de Saint Bernard concernant notre relation à la Vierge Marie, Mère de Jésus, que Bernard a tant aimée et priée : « Qui que tu sois qui te débats au milieu des bourrasques et des tempêtes de l’existence, regarde Marie, appelle Marie. Si tu es secoué par les vagues de l’ambition ou de la jalousie, du désir impur, regarde Marie, appelle Marie. Si, troublé par l’énormité de tes fautes, accablé par la souillure de la conscience, tu commences à sombrer dans la tristesse et le désespoir, pense à Marie. Dans les dangers, les angoisses, les doutes, pense à Marie, invoque Marie. Qu’elle ne quitte pas ta bouche, qu’elle ne quitte pas ton cœur. En la suivant, impossible de t’égarer, en la priant impossible de te décourager. (Louange de la Vierge Mère II, 17)

 

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