Homélie pour la Toussaint 2017par Dom Jean-Marc

Acey, mardi 1er novembre 2017

Homélie de la Toussaint 2017

Apocalypse 7, 2…14          I Jean 3, 1-3          Matthieu 5, 1-12a               Homélie de Père Jean-Marc

 

« Bien-aimés, voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes. »

Ces mots de Saint Jean qui ouvraient la deuxième lecture de cette Messe résonnent très fort en moi. Ils sont porteurs d’une telle espérance !

Oui, Frères et Sœurs, nous sommes “enfants de Dieu” ! C’est-à-dire fils et filles de notre Père du Ciel. Et cette filiation-là est infiniment plus réelle et profonde que tout ce que nous pouvons vivre dans nos relations humaines entre parents et enfants, et elle ne peut être soumise aux ruptures qui blessent si souvent nos liens humains.

Il est vrai que nous avons bien du mal à intégrer une telle affirmation qui relève de la foi, non de ce que nous voyons et expérimentons. Nous savons bien que pour nos contemporains, massivement incroyants, affirmer que Dieu aime le monde et chaque être humain alors que notre terre connaît tant de tragédies et de souffrances, est absurde et scandaleux.

Mais, je vous le demande, si notre monde n’était que le fruit du hasard et de la nécessité (pour reprendre une expression bien connue) ne serait-il pas infiniment plus absurde et donc scandaleux ?

« Bien-aimés, dès maintenant nous sommes enfants de Dieu. » Cette Bonne-Nouvelle que nous avons tant de mal à faire nôtre et surtout à en vivre, les saints fêtés en ce jour, eux, l’ont pris au sérieux et y ont trouvé une lumière et un dynamisme pour leur vie. Parmi une multitude de témoignages je retiens celui d’un jésuite, le P. Lyonnet, qui largement éprouvé par la maladie, priait ainsi :  « Père, c’est à toi que je m’adresse avec une confiance tranquille et paisible. Ton Fils m’a appris que tu étais mon Père, qui ne fallait pas t’appeler d’un autre nom. Tu n’es que Père, Père, et je viens simplement te dire que je suis ton enfant. Je te le dis sérieusement, et pourtant avec l’envie de rire et de chanter tellement c’est beau d’être ton fils. Mais c’est sérieux car tu m’as tellement aimé et moi si peu. »

En effet, si Dieu est vraiment mon Père et que je suis son enfant, donc si j’ai du prix à ses yeux et qu’il compte sur moi, mon quotidien prend alors une tout autre coloration. Rien n’est changé de ma condition laborieuse et souffrante, mais elle est illuminée de l’intérieur par une Présence aimante et fidèle. Une Présence dont rien – pour reprendre les mots de Saint Paul dans sa Lettre aux Romains – ne peut nous séparer de son amour : ni l’épreuve, ni l’échec ni l’angoisse, ni même la mort.

Vous allez me dire : « Tout cela est bien beau ! Mais qu’est-ce qui nous prouve qu’il en est bien ainsi ? » La réponse est toute simple. Elle tient en deux syllabes : Jésus.

Oui, Jésus, le Fils unique et Bien-aimé du Père, est venu parmi nous, il a partagé nos souffrances, il a livré sa vie, pour témoigner que Dieu est notre Père et, qu’en devenant ses frères, nous serons en lui, avec lui et par lui pleinement fils et filles du Père.

Par la résurrection du Christ et le don de l’Esprit Saint nous ne faisons plus qu’un avec lui : « Nous le savons, lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à lui par ce que nous le verrons tel qu’il est. »

« Nous serons semblables à lui ! » Voilà pourquoi l’apôtre Jean peut s’adresser aux membres des premières communautés chrétiennes en les appelant : « Bien aimés ». Il ne s’agit pas là d’une simple formule de salutation, mais bien plutôt de l’affirmation de notre véritable identité de “Bien-Aimés” du Père.

Cela nous donne alors une clef pour comprendre le message des Béatitudes. Si Jésus proclame heureux ceux qui vivent avec un cœur de pauvre, ceux qui sont faim et soif de justice, les miséricordieux, les artisans de paix, etc… c’est qu’ils répondent, comme lui-même, à la volonté du Père et donc, qu’en retour, celui-ci les comblera de sa paix et de sa joie.

N’oublions jamais que les Béatitudes ont d’abord été vécues par Jésus lui-même, pleinement, parfaitement. Aussi peut-il nous dire : Ne craignez pas !… Si, dans vos existences marquées par bien des situations douloureuses — voire insupportables — vous cherchez à vivre, comme moi, la pauvreté de cœur (qui est dépossession de tout ce qui blesse ou asservi les autres), la douceur (cette force qui désarme toute forme de violence), la miséricorde (qui ne reste indifférente à aucune détresse)… Si, dans ce monde où dominent l’injustice et l’indifférence, la haine et la vengeance, vous êtes affamés de justice, artisans de paix et de réconciliation… alors heureux êtes-vous ! car l’Esprit de sainteté, l’Esprit de gloire repose sur vous, et Dieu, en son Royaume, vous comblera infiniment au-delà de tout ce que vous pourriez désirer.

Frères et sœurs, les saints que nous fêtons en ce jour ne sont pas des êtres exceptionnels et inaccessibles. Ils sont de notre chair et de notre sang. Comme nous, ils ont connu la lutte et le découragement, la peur et la chute. Tous, à l’exception de la Vierge Marie, ont fait l’expérience du péché. Comme nous, ils ont subi les épreuves personnelles physiques et morales, familiales et professionnelles. Mais ils se sont accrochés envers et contre tout à cette certitude : le Père les aime et fait d’eux ses enfants ! Voilà ce qui fonde notre propre espérance et nous permet de poursuivre notre route en disponibilité à l’Esprit Saint qui peut changer nos cœurs de pierre en cœurs de chair et faire de nous des saints.

Soyons donc nous-mêmes les témoins de cette joyeuse espérance : « Mes Bien-aimés, voyez comme il est grand l’amour dont le Père nous a comblés. »

 

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