Homélie pour la Solennité de la Maternité de Marie par Dom Jean-Marc, lundi 1er janvier 2018

N-D d’Acey, lundi 1er janvier 2018

Solennité de la Maternité de Marie – 2018

Nombres 6, 22-27                 Galates 4, 4-7                Luc 2, 16-21                               Homélie de P. Jean-Marc

 

Les vœux de Nouvel an !… Comme je vous le disais pour introduire cette Eucharistie, ce rite est tellement inscrit dans nos habitudes que, le plus souvent, il est des plus formels. Et pourtant les vœux sont bien présents dans la tradition biblique.

Ainsi le premier texte de l’Écriture que nous avons écouté peut nous aider à redécouvrir la signification des vœux selon la Bible. Les quelques versets, extraits du Livre des Nombres, nous livrent en effet une des plus anciennes et des plus belles formules de vœux : « Voici en quels termes les prêtres béniront les fils d’Israël : que le Seigneur te bénisse et te garde ! Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’il te prenne en grâce ! Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix !»

Il faut bien comprendre que pour la Bible de telles formules ne sont pas réservées à un seul jour par an, fut-ce le premier jour de l’année. Pour la Bible, la seule activité digne de ce nom et que toute croyant se doit d’accomplir jour après jour, instant après instant, c’est de bénir. Pourquoi ?… Tout simplement parce que notre Dieu est lui-même bénédiction. C’est son identité, sa nature, son activité. En un mot, son nom ! Dieu a pour nom : « le Béni ! », c’est-à-dire « Celui qui n’est que bénédiction ».

Dès les origines, selon le récit de la Genèse, lorsque Dieu créa le ciel et la terre, « Il dit et cela fut… et il vit que cela était très bon. » Et, à propos de la création du monde animal et de l’homme, le texte biblique ajoute : « Dieu les bénit. » Voilà comment notre Dieu, dès le commencement, se révèle comme celui qui n’est que bénédiction. Il prononce une parole, une parole efficace (non pas, comme nous, avec des mots en l’air), une parole qui produit ce qu’elle énonce : « Dieu dit et cela fut… et Dieu vit que cela était très bon. »

Nous comprenons alors qu’en ce premier jour de l’année il est important de revenir à ce qui est au fondement de tout, à l’origine, “Au Commencement”. Revenir à l’intention créatrice de Dieu, à son projet d’amour. Devenir nous-mêmes bénédiction (c’est-à-dire dire et faire du bien), comme lui est bénédiction. Voilà de quoi orienter toute notre année, nos projets, nos paroles et nos actes.

Mais il y a plus ! S’il convient de faire mémoire de la bénédiction de Dieu dès le commencement de la création, il ne faut pas oublier non plus l’autre “Commencement”, tout aussi radical et peut-être encore plus incompréhensible et bouleversant que celui de la création de l’univers. Je veux parler de Noël. Oui, Noël, ce “Commencement” de l’Aventure de Dieu dans notre nature humaine : « Au Commencement était le Verbe, la Parole de Dieu, […] par lui tout a été créé… et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire. » Le Verbe, la Parole de Dieu est né de Marie. Désormais, cette Parole de bénédiction est au milieu de nous comme une présence bénie et bienfaisante.

En bénissant le peuple, Aaron et les prêtres invoquaient sur lui le Nom du Seigneur. Comme vous le savez, pour la Bible on ne peut dissocier le nom et la personne, le nom et l’action de celui qui est nommé. Prononcer le Nom de Dieu sur quelqu’un c’est donc tout aussi bien l’exposer à l’action bienfaisante de Dieu et lui permettre d’en être le bénéficiaire.

Alors si le Nom de Dieu repose en Jésus « Emmanuel : Dieu avec nous », présence visible et tangible du Seigneur, quelle amplification de la bénédiction par rapport à ce que les prêtres hébreux pouvaient communiquer !… Bien davantage que le prêtre Aaron, Marie, la Mère de Jésus, nous offre la bénédiction en nous présentant l’Enfant-Dieu !

Reprenons ici la triple invocation par laquelle Aaron devait bénir le peuple :

  • « Que le Seigneur te bénisse et te garde ! » Avec Jésus, le fruit béni de celle qui est bénie entre toutes les femmes, Dieu, non seulement se penche vers nous, mais il vit désormais en nous. Il ne fait qu’un avec nous : “Nous sommes le Corps du Christ !”
  • « Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage ! » Avec Jésus, Dieu non seulement tourne vers nous son visage, mais ils se livre tout entier à nous avec son corps et sa vie. Il nous revêt de lui même.
  • « Que le Seigneur t’apporte la paix ! » Avec Jésus, Dieu non seulement est présage de paix, mais il devient lui-même notre paix dès maintenant et pour toujours.

Ainsi, puisque nous sommes comblés de tant de bénédictions – et que, surtout, nous sommes habités par cette bénédiction qu’est Jésus-Christ, comment ne pas, à notre tour, rayonner et transmettre la bénédiction de Dieu ? Créés à l’image et à la ressemblance de Dieu nous avons pour vocation de devenir, comme lui, des êtres de bénédiction. Des hommes et des femmes qui disent du bien et le font. Par contre, chaque fois que l’on attriste, que l’on méprise ou même, simplement, que l’on demeure indifférent à l’autre, nous voilà en contradiction avec notre être profond, avec ce que Dieu nous appelle à devenir. On va à l’encontre de sa vocation. On est dans le mensonge.

Alors, en ce premier jour d’une nouvelle année, où Marie nous transmet en Jésus les vœux de Dieu, faisons nôtre l’exhortation de l’apôtre saint Pierre : « Ne rendez pas le mal pour le mal, ni l’insulte pour l’insulte ; au contraire, invoquez sur les autres la bénédiction, car c’est à cela que vous avez été appelés, afin de recevoir en héritage cette bénédiction. » (I Pierre 3, 9)

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