Homélie de P. Jean-Marc pour la Solennité de l’Ascension du Seigneur 2018 – B

Abbaye d’Acey, jeudi 10 mai 2018

 

Solennité de l’Ascension du Seigneur 2018 – B

 

Actes des Apôtres 1, 1-11       Ephésiens 4, 1-13         Marc, 16, 15-20                Homélie de P. Jean-Marc

 

Il était l’un des nôtres… et il s’en est allé !… Vous avez tous compris que je parle du Seigneur Jésus !

Oui il était l’un des nôtres, né d’une femme à Bethléem. Il a partagé nos peines, nos épreuves, nos tentations, nos joies. Il a tout assumé de notre condition humaine sans jamais tricher ni biaiser, et il est allé jusqu’à l’extrême du don de lui-même, par amour, en souffrant sa passion et en mourant sur une croix.

Comme tant d’hommes et de femmes, dont l’existence est don et service, espérance pour les petits et les opprimés, le Christ Jésus est passé en faisant le bien. Rappelez-vous ce que les deux hommes qui marchaient vers Emmaüs disaient au mystérieux compagnon qui les avait rejoints : « Jésus de Nazareth… cet homme était un prophète puissant par ses actes et par ses paroles. Nos dirigeants l’ont condamné et crucifié… et nous qui espérions qu’il serait le libérateur d’Israël. »

Dans leur désarroi et leur désillusion, ces deux disciples ne parlent plus qu’au passé : « Cet homme était… », « Nous espérions… ». Pour eux, Jésus appartient désormais à une histoire révolue.

Il faut bien reconnaître que pour beaucoup de nos contemporains – et même, malheureusement, chez un certain nombre de personnes qui se disent chrétiens – il n’en va guère autrement. Jésus peut être reconnu comme une grande et belle figure dont on aime citer les paroles et se référer aux actes, mais il appartient au passé comme le Bouddha, Confucius, Socrate, ou Gandhi.

La solennité de l’Ascension est tout autre chose qu’une célébration du souvenir. Bien loin de nous ramener à une histoire du passé – que certains taxeraient volontiers de mythologique avec “l’envol” de Jésus vers le ciel – cette fête nous oriente vers un avenir ou, plus justement, vers un « événement » qui fonde notre espérance : c’est-à-dire la pleine manifestation du Christ Jésus comme Seigneur du cosmos et de l’Histoire. C’est ainsi qu’en finale de la 1ère lecture les anges disent aux disciples : « Pourquoi restez-vous à regarder le ciel ? Jésus, qui a été enlevé du milieu de vous, reviendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. » Et l’on peut penser ici à la fameuse scène du Jugement dernier au chapitre 25 de saint Matthieu : « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire. Toutes les nations seront rassemblées devant lui. »

Pour qui refuse de croire en la Résurrection et en l’Ascension du Christ, les arguments ne manquent pas ! Mais pour nous qui adhérons de toute notre intelligence et de tout notre cœur au témoignage des Écritures et des Apôtres transmis en Église par des générations de croyants, notre assurance est inébranlable. Jésus le Ressuscité est désormais au plus haut des cieux, c’est-à-dire qu’il est libéré des contraintes de la condition humaine inévitablement marquée par les limites de l’espace et du temps et il remplit tout l’univers de sa présence.

Comme l’exprime Saint-Paul (Ph 4) : « Celui qui était descendu (d’auprès de Dieu son Père pour devenir l’un de nous), est le même qui est monté au-dessus de tous les cieux pour remplir l’univers. » Ce que l’on peut traduire ainsi : Celui qui a assumé toute l’épaisseur de l’existence humaine avec ses drames et ses déchéances, est le même qui, en ce jour de l’Ascension, est monté au plus haut des cieux pour combler l’univers entier du souffle de son Esprit Saint.

Ainsi rassemblés en Église pour célébrer l’Ascension du Seigneur Jésus, nous acclamons Celui qui comble tout l’univers par son Esprit. Ce verbe « combler » convient bien ici avec sa double signification de « remplir » et de « donner » :

– Jésus « comble » tout l’univers de sa présence vivifiante et miséricordieuse, de sa présence qui sauve, qui apaise, qui guérit, qui réconcilie et qui remet en route.

– Jésus-Christ « comble » tout l’univers de ses dons : dons d’unité, de paix, de vraie connaissance… afin qu’un jour l’humanité entière parvienne à la plénitude de la stature du Christ.

Nous lisons dans la finale de l’Évangile de saint Marc : « Le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et s’assit à la droite de Dieu. Quant à eux, ils s’en allèrent proclamer partout l’Évangile. Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l’accompagnaient. » Désormais il n’est plus possible de séparer le Christ Jésus de ceux et celles qui croient en lui.

C’est avec nous et par nous, qui sommes les membres de son Corps, que Jésus Christ agit aujourd’hui comme aux premiers temps de l’Église. Il travaille avec nous, ses disciples, et nous confirme par la puissance de son Esprit : « Vous allez recevoir une force quand le Saint Esprit viendra sur vous. Vous serez alors mes témoins jusqu’aux extrémités de la terre. »

Oui, le Ressuscité est pour toujours présent au cœur de nos existences. C’est ce que nous affirmons en cette fête de l’Ascension ! Ce n’est pas une question de ressenti, mais de foi, c’est-à-dire de confiance, de relation dans l’amour avec Lui. Plus nous aurons une relation forte avec le Christ Jésus par la prière, la méditation de sa Parole et la communion eucharistique, plus il sera présent et agissant à l’intime de nos personnes comme au cœur de nos relations communautaires, familiales et conjugales, de nos activités professionnelles et de nos engagements dans la société et dans l’Église.

C’est avec nous, par nous, en nous que le Christ Jésus poursuit son œuvre de résurrection. En d’autres termes son œuvre d’humanisation et de transfiguration grâce à son Esprit Saint.

Frères et sœurs, ne demeurons pas des étrangers à cette présence du Seigneur Jésus. Ne laissons pas de côté les dons de son Esprit. Nous avons certes bien des raisons de trouver l’existence dure, cruelle, avec son lot d’épreuves, de soucis et d’angoisses. Mais le Seigneur est avec nous pour toujours. Faisons-lui confiance et ne cessons pas de Lui rendre grâce.

Alors, comme l’affirme avec force saint Paul, au chapitre 8 de sa Lettre aux Romains, « Qui pourra nous séparer de son amour ?… Ni la mort ni la vie, ni le présent ni l’avenir, ni aucune autre créature, ni aucune autre force qui domine ce monde. »

 

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