Homélie du 06 août 2018 pour la Fête de la Transfiguration du Seigneur par Dom Jean-Marc

N-D. d’Acey, 6 août 2018

 

Fête de la Transfiguration du Seigneur – B – 2018

 

Daniel 7, 9-10.13-14              Matthieu 17, 1-9              Homélie de P. Jean-Marc

 

Je me suis souvent demandé pourquoi pendant longtemps et jusqu’au renouveau liturgique suscité par le Concile Vatican II, cette fête de la Transfiguration fut peu valorisée en Occident alors que dans les Eglises d’Orient il en allait tout autrement avec une place de choix parmi les fêtes du Seigneur. Et l’on sait que pour quiconque veut s’initier à l’art de l’icône, la première œuvre à travailler sera celle de la Transfiguration.

Une récente étude théologique sur « le purgatoire » a apporté quelque réponse à mes interrogations. Cet article soulignait que si la doctrine du purgatoire est commune aux églises d’Orient et d’Occident leur approche est bien différente.

Du côté des latins, comme en beaucoup d’autres domaines, domine une conception très juridique tout à fait dans la ligne de la discipline pénitentielle de l’Eglise d’Occident. Celle-ci pensait la purification dans l’au-delà en termes d’expiation et de satisfaction pour les péchés commis, alors qu’en Orient la purification est vue comme une illumination progressive de la part de Dieu qui décharge du poids des fautes commises. En d’autres termes, les latins se focalisent sur le péché et ses conséquences, et donc sur la démarche pénitentielle pour être réconcilié avec Dieu, alors que les orientaux insistent sur la puissance gratifiante de la grâce que la mort et la résurrection du Christ nous ont obtenu.

Selon cette perspective, la lumière émanant du Transfiguré éclaire de manière étincelante notre nature humaine et la vocation des baptisés. Lesquels sont appelés, dès cette vie, à revêtir la gloire divine et à devenir Corps du Christ et Temple du Saint Esprit. La lumière du Transfiguré qui illumine l’obscurité de notre être est le signe manifeste de sa victoire sur les ténèbres du péché qui nous aliène si bien et nous défigure.

On peut penser ici au fameux épisode de la vie de Saint Séraphim de Sarov où le grand staretz initie le laïc Motovilov à l’irradiation de l’Esprit Saint dans sa vie, certes marqué par le péché, mais appelée à être, dès maintenant, saisie par la puissance transfigurante de l’Esprit Saint pour avoir part à la puissance de résurrection du Christ et à la Vie de communion éternelle avec Dieu.

La venue du Fils de Dieu dans la chair de ce monde témoigne de l’ouverture possible de notre chair mortelle, de l’infiltration de l’Infini dans le fini, de la pénétration du monde spirituel dans le monde naturel, de la manifestation divine du lien unissant les deux mondes, de la victoire de la grâce sur la pesanteur du monde naturel, du désenvoutement de ce monde.

Certes, la venue du Christ, dans notre condition humaine, est kénose pour Dieu, c’est-à-dire humiliation et abaissement. Mais cette kénose n’a d’autre but que de libérer notre chair de ses pesanteurs et de ses assujettissements et de nous révéler notre vocation à être illuminés et  transfigurés. Et cela dès maintenant et pas seulement pour l’au-delà de notre mort.

Pensons ici au mot célèbre de saint Léon le Grand : « Chrétien, reconnais ta dignité ! » Oui, reconnaissons la puissance transformante, transfigurante de la grâce dans nos vies blessée et défigurées par le péché… et ne cessons pas de rendre grâce à notre Dieu et de le bénir.

L’illumination de la chair, manifestée dans la Transfiguration du Christ Jésus en sa vie terrestre, est l’indice d’une ascension accomplie dans le monde spirituel. La chair n’est pas une illusion ni un leurre, elle est le reflet symbolique des réalités du monde spirituel, l’alliance des deux mondes, la possibilité de leur interpénétration, la transfusion des énergies d’un monde dans un autre.

La Transfiguration nous dévoile la Vie de Dieu, nous révèle le passage de l’énergie divine dans la vie de ce monde naturel et dans chacune de nos vies tout en protégeant toujours le mystère infini de Dieu, et en affirmant l’impossibilité de ramener à une commune mesure la vie du monde et la vie de l’Esprit.

« Vous êtes une descendance choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple destiné au salut, pour que vous annonciez les merveilles de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière » (I P 2, 9)

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