Homélie pour le 19ème dimanche ordinaire 2018 – année B par Dom Jean-Marc

Abbaye Notre-Dame d’Acey, dimanche 12 août 2018

 

19ème dimanche ordinaire 2018 – année  B

 

I Rois 19, 4-8         Ephésiens 4, 30 à 5, 2         Jean 6, 41-51            Homélie de P. Jean-Marc

 

Si même le prophète Elie, cette figure majeure de l’Ancien Testament, a pu connaître une dépression telle qu’il n’aspirait plus qu’à mourir : « Maintenant, Seigneur, c’en est trop ! Reprends ma vie ! », comment s’étonner que nous passions nous- mêmes par des phases de vide, de doute et de découragement ?

Si dans la communauté chrétienne primitive d’Éphèse, qui connaît l’enthousiasme et l’élan des premiers temps du christianisme et bénéficie des manifestations de l’Esprit, Saint Paul doit exhorter les fidèles à rejeter  « amertume, irritation, colère, éclats de voix ou insultes ainsi que toute espèce de méchanceté », comment s’étonner que nos communautés paroissiales, religieuses, et nos familles chrétiennes, connaissent des divisions et des comportements qui vont à l’encontre de l’esprit de l’Évangile.

Si Jésus lui-même, malgré son autorité et les incontestables manifestations de la puissance de l’Esprit en sa vie, a été contesté et a subi récriminations et suspicions, comment s’étonner qu’aujourd’hui l’Église soit en butte aux humiliations et persécutions ? « S’ils m’ont traité de possédé, moi l’Envoyé du Père, que ne diront-ils pas de vous mes disciples ? S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi. » Rien de nouveau sous le soleil !…

Et puis, tant de drames et de scandales ébranlent nos certitudes et contestent notre foi. Tout récemment je rencontrais une femme qui après avoir été très engagée dans l’Église (catéchèse, animation paroissiale, mouvement de spiritualité) a vécu de nombreuses missions humanitaires au Darfour, en Haïti, au Mali et en Syrie, ayant été témoin des pires misères, cruautés et tragédies. Elle était désormais incapable de prier et de croire encore en Dieu, Père et Providence.

Comment croire, oui comment croire en un Dieu que l’on dit veiller sur chacun de ses enfants, exaucer leurs prières, et n’abandonner jamais les petits et les malheureux, quand on est confronté à tant d’injustices et de tragédies ?

Jésus ne cessera de mettre en garde ses disciples qui seront confrontés au scandale de sa Passion et de sa mort, et connaîtront plus souvent les persécutions que le succès dans la mission qu’il leur confie. « Quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? »

Il n’y a pas de réponse, d’arguments qui nous préservent des interrogations douloureuses et du doute. Mais un monde sans Dieu serait bien pire et encore plus inhumain, plus injuste et scandaleux que ce monde dont la foi chrétienne nous affirme que Dieu l’a créé par amour et le conduit selon sa providence et sa volonté.

Certes, les injustices et les tragédies du monde, de même que les scandales dans l’Église, peuvent nous faire vaciller. Mais plutôt que de nous laisser submerger par des pensées critiques négatives qui, non seulement ne résolvent rien, mais nous enferme dans la tristesse et la désespérance, choisissons de mettre notre confiance en Jésus le Sauveur : « Personne n’a jamais vu le Père, sinon celui qui vient de Dieu. Lui seul a vu le Père. »

Lui seul peut, en toute vérité, nous transmettre au nom du Père des paroles véridiques et qui donnent la vie : « Amen, Amen je vous le dis : celui qui croit en moi a la vie éternelle. »

« Moi, je suis le Pain vivant qui est descendu du ciel. Si quelqu’un mange de ce Pain, il vivra éternellement. Le Pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. »

Frères et Sœurs, nous avons la grâce sans prix de pouvoir bénéficier d’une Vie plus forte que nos épreuves et que la mort. Ne restons pas à côté de la Source sans nous y désaltérer. Ne laissons pas de côté la seule nourriture qui peut soutenir notre marche et renouveler notre espérance.

Seigneur Jésus, par ta Parole et ton Eucharistie tu es bien le Pain de nos vies. Oui, nous le croyons : celui qui vient à toi n’aura plus jamais faim ; celui qui croit en toi n’aura plus jamais soif.

 

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