Homélie du 6 mars 2019 pour le Mercredi des Cendres, Célébration d’entrée en Carême par Dom Jean-Marc

Abbaye d’Acey – Mercredi des Cendres – 6 mars 2019

Célébration d’entrée en Carême

Joël 2, 12-18       II Corinthiens 5, 20 à 6, 2       Matthieu 6, 1-6.16-18        Homélie de P. Jean-Marc

Le ver est dans le fruit !… Ce beau fruit, ou plutôt, ces beaux fruits que nous désirons produire pour répondre à ce que le Seigneur attend de nous.

  • Le fruit de l’aumône car, si nous n’aimons pas être trop dérangés, nous avons malgré tous nos jours de bonté de générosité.
  • Le fruit de la prière… à laquelle, malgré la sécheresse et l’ennui, nous cherchons à être fidèles.
  • Le fruit du jeûne avec nos petites ou, parfois, grandes privations.

Des fruits dont toute la tradition spirituelle judéo-chrétienne nous dit qu’ils sont des moyens privilégiés pour rencontrer Dieu, nous rendre disponibles à son Esprit et ainsi devenir des justes, c’est-à-dire des personnes ajustées à la Volonté du Seigneur.

Mais il y a souvent un ver dans le fruit. Il y en a même plusieurs ! J’en repère trois gros, particulièrement nocifs :

  • Le ver du formalisme

Nous fonctionnons par habitude, ou par peur du qu’en dira-t-on, mais sans que notre cœur soit vraiment impliqué. Tous comportements qui nous maintiennent à la surface de notre être alors que notre moi profond, pour reprendre les mots du psaume, est comme « une terre aride, altérée, sans eau. »

  • Ainsi dans le domaine du partage… lorsque nous agissons sans véritable implication personnelle, comme lorsque l’on donne une pièce de monnaie au mendiant pour se donner bonne conscience.
  • Ou bien dans le domaine de la prière lorsqu’on récite du bout des lèvres des formules bien rodées mais sans âme.
  • Ou encore dans le domaine du jeûne, de la privation, lorsque nous suivons scrupuleusement des normes, mais sans adhésion personnelle.
  • Le ver de l’activisme

Je me dépense pour les autres, je prie consciencieusement, je me prive et me discipline… Mais ce « faire », dont les Ecritures nous affirment qu’il est indispensable pour prouver l’authenticité de notre foi, peut, si nous n’y prenons garde, nous conduire à une impasse : privilégier l’agir au détriment de l’être. Un épisode évangélique met bien cela en lumière : Marthe s’agitait et maugréait. Marie, elle, était assise au pied du Seigneur pour écouter sa parole.

  • Le ver du paraître

C’est la tentation souvent subtile de se composer un personnage et de vivre en recherchant l’approbation des autres. Mais ces gratifications sont une bien piètre récompense ! Terrible est la parole de Jésus : « Ils ont déjà touché leur récompense. » Terrible, oui, car le plaisir pauvre et éphémère que l’on cherche à capter dans l’instant présent, rend inapte à l’accueil de la joie surabondante que Dieu veut nous offrir.

Ainsi, quand tu partages, quand tu pries, quand tu te prives… n’oublie pas que « ton Père est présent dans le secret, qu’il voit ce que tu fais et qu’il te le revaudra. »

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Le prophète Joël nous disait de la part du Seigneur : « Revenez à moi de tout votre cœur dans le jeûne, les larmes et le deuil. Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements, et revenez au seigneur votre Dieu, car il est tendre et miséricordieux. » Et cet appel ne doit jamais être dissocié de celui que saint Paul nous adressait dans la seconde lecture : « Au nom du Christ, nous vous le demandons, laissez-vous réconcilier avec Dieu. »

Avez-vous remarqué qu’il ne nous est pas demandé d’engager nous-mêmes une démarche de réconciliation, mais de nous laisser réconcilier par lui, le Seigneur : « Laissez-vous réconcilier avec Dieu. » ?

C’est Dieu qui a l’initiative. Cela signifie que ce qui importe, pour notre part, c’est de nous rendre disponibles pour accueillir comme des pauvres, les mains vides, un don qui nous précède toujours. En répondant à l’Amour par notre amour nous voilà établis bien en sécurité sans risquer de nous échouer sur les récifs de la vie spirituelle que sont le formalisme, l’activisme et le faux-semblant.

Avec Dieu, nous ne pouvons jamais être des spectateurs. Nous sommes ses partenaires, ses “coopérateurs” (comme le disait Saint-Paul), pour un dialogue, une relation d’amour. Il s’agit donc moins de parler de lui que de parler avec lui. Et pour ce faire, Dieu nous offre son Esprit, Esprit de sainteté, de confiance, d’abandon et de louange.

À celui qui demeure tout petit et confiant jusqu’à l’audace, rien ne manquera.

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