dimanche 11 août 2019 19ème dimanche ordinaire, année C Homélie de Dom Jean-Marc

Abbaye d’Acey, dimanche 11 août 2019

19ème dimanche ordinaire, année C – 2019

Sagesse 18, 6-9                Hébreux 11, 1-2.8-19             Luc 12, 32-48                          Homélie de P. Jean-Marc

Ste Claire d’Assise, dont c’est la fête aujourd’hui, disait au moment de rendre son dernier souffle, le 11 août 1253 : « Béni sois-tu, Seigneur de m’avoir créée ! »

Elle avait parfaitement compris ce que Jésus nous disait il y a un instant dans l’Évangile : « Sois sans crainte, petit troupeau, votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume. »

Voilà bien le fondement sur lequel repose notre espérance chrétienne ! Le Père, notre Père, Créateur de l’univers visible et invisible, a trouvé bon de nous donner son Royaume. Et ce Royaume est un trésor infiniment plus précieux que tout ce que le monde peut faire miroiter et nous offrir. Un trésor « que le voleur ne peut approcher, ni la mite ronger », car il est à l’abri des coups du sort, des revers de fortune ou de la malveillance des hommes.

Mais, il faut bien avouer que ce Royaume promis ne provoque guère notre enthousiasme tant il est loin de nos centres d’intérêt, hors de nos catégories et de nos représentations habituelles.

Il est vrai que si nous en restons à un niveau purement humain, le Royaume annoncé par Jésus ne pèse pas lourd dans nos préoccupations. Il nous faut donc nous situer sur le plan de LA FOI. La foi dont l’auteur de la Lettre aux Hébreux affirmait il y a un instant « qu’elle est le moyen de posséder déjà ce qu’on espère et de connaître des réalités qu’on ne voit pas. »

Mais la foi ne reste-t-elle pas pour nous une notion tout aussi abstraite que « le Royaume », et par conséquent, sans réel impact sur nos mentalités et nos comportements ?…

Croire est bien autre chose qu’adhérer à des notions abstraites. La foi est affaire de relation avec le Seigneur, donc de confiance simple et aimante. Voilà pourquoi on ne peut la séparer de la prière. Une prière qui, loin d’être répétition machinale de formules, est échange vital, cœur à cœur, dialogue intime, amoureux avec Dieu. C’est là toute la différence entre une pratique religieuse qui demeure quelque chose d’extérieur à nous-mêmes, et la foi-confiance qui engage notre être tout entier et nous transforme en profondeur.

S’il en est ainsi, le Royaume que le Père trouve bon de nous offrir est rencontre, vie éternelle, avec une personne bien concrète et vivante : Jésus Christ le Seigneur. C’est lui qui est ce trésor inestimable qui seul peut combler nos cœurs assoiffés de bonheur. Lui à qui nous pouvons remettre sans condition toute notre vie. Lui, en qui et par qui, nous pouvons exprimer notre confiance filiale à son Père, qui est aussi notre Père.

Une confiance qui, malgré toutes les épreuves et les souffrances de l’existence, est certitude que Dieu, parce qu’il est amour, et donc radicalement fidèle, ne peut décevoir notre espérance.

Pour soutenir notre propre démarche, l’auteur de la Lettre aux Hébreux nous a donné en exemple les Patriarches, particulièrement Abraham et Sarah qui ont obéi à l’appel que Dieu mystérieusement leur adressait et ils se sont mis en route « sans savoir où ils allaient », mais lui faisant totalement confiance parce qu’ils « pensaient qu’il serait fidèle à ses promesses. » Et la réalisation des promesses dépassa infiniment ce qu’ils avaient pu désirer ou même imaginer.

Et il en a été de même pour Jésus jusque dans sa passion et sa mort infâme sur la croix. Il n’a jamais douté de son Père. Pourtant cette mort sign ait l’échec le plus complet de sa vie et de sa mission et donc semblait contredire radicalement tout ce que Dieu avait voulu en l’envoyant parmi nous.

Depuis lors, à la suite de Jésus, le Premier-né d’entre les morts, l’immense lignée des témoins de la foi ne cesse de nous entourer et de soutenir notre marche sur ce même chemin. Une marche qui (faut-il encore le souligner) n’est pas de l’ordre de l’évidence, mais de la confiance sur un chemin difficile où beaucoup achoppent parce qu’ils pensent que Dieu ne les écoute pas, ne leur répond pas, qu’il est aux abonnés absents. S’estimant trompés ils vont voir ailleurs. Ce qui fera dire à Jésus : « Quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Lc 18, 8)

Il est vrai que notre situation de croyants est un vrai défi. D’autant plus aujourd’hui que nous baignons dans une culture de l’expérience sensible, de l’immédiateté et de l’efficacité.

Et cependant, nous appuyer sur cette foi-confiance est infiniment libérateur. Elle nous préserve de la tentation de l’inquiétude et de la peur. Grâce à elle, nous pouvons comme Jésus nous y invite « rester en tenue de service », c’est-à-dire demeurer dans la disponibilité et le service des autres, et ainsi, comme le pape François nous le demande, à être témoins « de la miséricorde qui nous fait vivre et dont nous sommes les premiers bénéficiaires. »

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