Homélie du 1er septembre 2019 pour le 22ème dimanche ordinaire, année C par Dom Jean-Marc

Abbaye d’Acey, dimanche 1er septembre 2019

22ème dimanche ordinaire, année C – 2019

2 Rois 5, 14-17            2 Timothée 2, 8-13               Luc 17, 11-19                              Homélie de Fr. Jean-Marc

Si j’ai un conseil à vous donner pour ce qui est de votre réussite sociale et professionnelle : surtout ne cherchez pas à mettre en application les directives de Jésus : « Quand tu es invité, va te mettre à la dernière place. » Personne ne viendra vous en tirer !

Que ce soit au plan économique, politique ou sportif, chacun sait que pour réussir la règle d’or c’est de tout faire pour atteindre la première place et s’y maintenir, sinon on sera vite dépassé par les concurrents, mis hors jeu, renvoyé au vestiaire.

Dans une société où tout fonctionne en termes de compétitivité et de qualification, il n’y a pas de place pour les états d’âme. Malheur à qui veut être trop honnête, trop généreux.

Quant à prendre au pied de la lettre le deuxième conseil de Jésus : inviter à sa table les pauvres, les estropiés et autres marginaux de préférence à ses amis et à sa parenté… Pour qui s’y risquerait, il y aurait bien des désillusions à la clé.

Alors ?… L’Évangile ne s’adresse-t-il donc qu’aux rêveurs et aux utopistes ? Et nous chrétiens, allons-nous, tiraillés entre notre désir de fidélité au Christ et notre incapacité à réellement vivre selon son enseignement, allons-nous sans cesse osciller entre la culpabilité et le découragement ?

Mais, Frères et Sœurs, l’Évangile de Jésus n’est pas réservé aux extrémistes ou aux candidats au suicide social ou professionnel. Il est Bonne Nouvelle, source de vie et d’espérance au quotidien. Par le moyen de la double parabole Jésus nous fait passer à un autre niveau de la réalité. Il resitue notre existence concrète, quotidienne, dans ses véritables perspectives. C’est comme s’il nous disait : Attention ! Un train peut en cacher un autre. Le train de nos soucis et de nos luttes et espoirs, au plan personnel, familial, professionnel, qui à juste titre nous préoccupe (nous n’avons pas le droit de l’escamoter), ne doit pas nous faire oublier, si j’ose dire, l’autre train, celui du Royaume des Cieux, cette Vie nouvelle et éternelle à laquelle Dieu nous invite tous et pour lequel nous sommes faits : « Tu nous as fait pour Toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne  demeure en Toi. » (St Augustin)

Que nous fassions le maximum pour que notre vie soit réussie et heureuse au plan humain, oui !… et Dieu le désire aussi pour nous ! Mais n’oublions jamais que ce à quoi nous sommes appelés selon le projet de Dieu dépasse les limites étroites de notre seule existence biologique. Et cependant, c’est dans notre condition humaine que Dieu nous appelle à participer activement pour qu’advienne le Monde Nouveau inauguré par la Résurrection du Christ, monde réconcilié, transfiguré, ou, selon l’Apocalypse, il n’y aura plus ni larmes ni mort, mais où Dieu sera tout en tous.

Si tu veux réussir ta vie (et pas seulement réussir dans la vie), il y faut un changement de perspective et de mentalité (ce que l’on appelle la “conversion”), afin qu’au cœur de tes engagements, de tes luttes, de tes projets, au lieu de vouloir tout gérer par toi-même, tu fasses confiance au Seigneur et te laisse guider par son Esprit Saint.

Dieu n’agit pas à ta place car il respecte trop ta liberté. Mais si tu lui fais confiance, si tu le pries, il sera lumière pour ta route, réconfort et persévérance dans les épreuves, rempart contre les tentations.

Voyez-vous, cet Evangile ne nous donne pas de recettes pour réussir, mais par son caractère paradoxal (nous mettre à la dernière place. — Inviter marginaux et exclus) il nous appelle à changer notre regard, nos jugements ; à renoncer à nos comportements égoïstes qui excluent et font souffrir les autres, pour entrer dans la logique d’amour de notre Dieu et Père qui – comme Jésus n’a cessé d’en témoigner par sa vie et sa mort – invite à sa table les petits, les pauvres, les estropiés, les rejetés.

Alors, progressivement, nous laissant transformer par l’Esprit Saint, Esprit de réconciliation et de paix, nous trouverons notre joie dans les Béatitudes si bien chantées par la Vierge Marie dans son cantique d’action de grâces : « Le Seigneur élève les humbles et disperse les orgueilleux, il comble de biens les affamés, mais renvoie les riches les mains vides… Saint est son Nom ! »

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