Homélie de P. Jean-Marc pour le 13 octobre 2019 28ème dimanche ordinaire, année C

Acey, dimanche 13 octobre 2019

28ème dimanche ordinaire, année C – 2019

2 Rois 5, 14-17            2 Timothée 2, 8-13               Luc 17, 11-19               Homélie de P. Jean-Marc

Ils étaient donc dix !… Dix lépreux que le mal qui les rongeait mettait au ban de la société et de la communauté des croyants. Ayant appris les miracles accomplis par ce Jésus dont tout le monde parlait, ils viennent à sa rencontre. S’arrêtent à distance, et lui crient : “Jésus, maître, prends pitié de nous”. Mais Jésus, au lieu de les guérir de suite comme il l’a si souvent fait pour d’autres, leur dit d’aller se montrer aux prêtres pour faire constater leur guérison. Et l’étonnant ici c’est que tous les dix obéissent alors même que rien ne leur prouve encore qu’ils sont guéris (notre récit dit que c’est « en cours de route qu’ils furent purifiés »). Ainsi, ces dix lépreux manifestent une réelle attitude de foi en la parole de Jésus !

Et cependant un seul revient sur ses pas en glorifiant Dieu à pleine voix. Tous sont guéris de leur lèpre, mais un seul est sauvé.Oui, pas seulement guéri mais sauvé. C’est Jésus qui l’affirme : “Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé.” Sauvé, c’est-à-dire qu’il est entré avec le Seigneur Jésus dans une relation d’amour, une relation vivante, vivifiante. Non par obéissance ou crainte de, mais librement parce qu’il a pressenti l’incroyable intensité de son amour pour lui. Au point que, de manière paradoxale, lui, l’étranger, le paria, est devenu l’ami de Jésus, tandis que les autres, même guéris, par leur absence de gratitude demeurent des étrangers.

Depuis notre enfance, nous avons appris que la moindre des choses c’est de dire merci. L’ingratitude est un vilain défaut, n’est-ce pas !… Cet épisode évangélique des 10 lépreux guéris, dont un seul exprime sa reconnaissance, nous invite à ne pas demeurer indifférents aux bienfaits du Seigneur. Mais il nous emmène beaucoup plus loin que le simple remerciement. Il nous appelle à entrer dans une attitude d’action de grâces, à devenir, comme Dieu lui-même, « bénédiction ». C’est là notre vocation de baptisés. Saint Pierre dans sa première Lettre nous dit : « Bénissez car c’est à cela vous avez été appelés » (I P. 3,9) C’est cela notre vocation de baptisés.

Remercier, ce n’est déjà pas si mal ! Mais une fois que l’on a remercié, on risque de poursuivre sa route sans plus penser ni au bienfait reçu ni au donateur. Par contre rendre grâce, c’est mettre Dieu au cœur de notre vie ou, plus précisément, mettre notre vie au cœur de Dieu. C’est nous lier au Seigneur pour toujours car Dieu n’est que « bénédiction », jamais malédiction !

C’est bien cela que la Parole de Dieu veut nous dire en ce dimanche, ou plutôt ce à quoi elle nous introduit : avoir une relation personnelle, intime et permanente avec le Seigneur. Une relation qui nous fera découvrir que Jésus n’est pas un simple guérisseur, mais qu’il est le Seigneur de nos vies, Dieu-avec-nous pour toujours. Une relation qui nous enracinera dans la confiance et l’émerveillement.

Alors, cet évangile m’oblige à me poser la question : qui est Dieu pour moi ?… Sur quel registre se situe ma relation avec lui ? Est-ce le registre de l’utilitaire (Dieu distributeur automatique, Dieu dépanneur, Dieu bouche-trou, à qui on ne s’adresse que lorsque ça va mal)… Si je ne m’adresse à Dieu que pour en obtenir des bienfaits, et ne le prie que pour les avantages que je peux en tirer, je l’utilise à mon service. Il n’est alors qu’une idole.

Par contre, si ma relation au Seigneur se situe sur le registre de l’amour, c’est-à-dire de la gratuité, alors je ne lui demanderai pas des comptes ni ne lui en voudrai si les événements vont à l’encontre de ce que j’espérais, de ce pour quoi je l’ai instamment prié. Bien sûr, son silence et son absence d’intervention, face à tant de situations dramatiques ou scandaleuses, font mal et nous déstabilise. Et il s’en faut souvent de peu que nous doutions de sa présence et que nous désespérions de sa fidélité.

Ce que je viens de dire signifie-t-il que l’on ne doit plus rien demander à Dieu  ? Ce serait en totale contradiction avec l’Evangile qui ne cesse de nous dire : « Demandez, vous obtiendrez ; cherchez, vous trouverez ; frappez et l’on vous ouvrira. »  Mais nos demandes doivent d’abord passer par une purification, une conversion de nos cœurs. Passage d’une relation de débiteur vis-à-vis d’un Dieu dont il faut se concilier les bonnes grâces (toutes les religions païennes fonctionnent sur ce modèle), à une relation filiale envers notre Dieu, Père plein de tendresse et de miséricorde.

Entrer dans une relation vivante et vivifiante avec le Seigneur en demeurant, envers et contre tout, dans l’émerveillement et l’action de grâces, voilà notre vocation de disciples du Christ. Cela ne nous donne aucun avantage par rapport aux non-croyants, cela ne nous permet pas de surmonter ou de résoudre plus facilement nos problèmes. Mais cela change radicalement notre regard sur la réalité et sur les autres. Cela nous introduit dans le Cœur du Christ, à cette Source éternellement bénie d’où jaillissent pour nous et pour toute l’humanité la Vie, la Paix et la Joie.

Oui, Saint Paul avait bien raison de nous dire dans la deuxième lecture de toujours nous souvenir deJésus-Christ, ressuscité d’entre les morts. Car si « avec lui nous supportons l’épreuve, avec lui nous régnerons. Si nous sommes infidèles, lui reste fidèle car il ne peut se renier lui-même. » (II Tim 2, 12-13)

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