Dimanche 15 décembre 2019 3e dimanche de l’Avent, année A Homélie de P. Jean-Marc

Abbaye d’Acey, dimanche 15 décembre 2019

3e dimanche de l’Avent, année A

Isaïe 35, 1-6a.30             Jacques 5, 7-10             Matthieu 11, 2-11            Homélie de P. Jean-Marc

S’il y a un peuple qui porte l’Espérance comme chevillée au corps, c’est bien le peuple juif. Dieu sait pourtant tout ce qu’il a eu à subir au cours de sa si longue histoire ! Peuple de migrants soumis en Égypte à un rude esclavage. Peuple déporté à maintes reprises sous les jougs successifs des babyloniens, des assyriens, des grecs, des romains. Peuple victime de pogromes durant des siècles en Europe jusqu’au paroxysme de l’horreur que fut la Shoah.

Après de telles épreuves, comment est-il possible d’espérer encore ?… Pourtant, le peuple de la 1ère Alliance est toujours porteur de cette “ invincible Espérance ” si merveilleusement chantée par le prophète Isaïe dans la première lecture : « Fortifiez les mains défaillantes et les genoux qui fléchissent, dites aux gens qui s’affolent : « Soyez forts, ne craignez pas. Voici votre Dieu. […] Il vient lui-même et va vous sauver. Ceux qu’a libérés le Seigneur reviennent avec des cris de fête, couronnés de l’éternelle joie. Allégresse et joie les rejoindront, douleurs et plaintes s’enfuient. »

Pour nous, membres de l’Église, communauté des disciples de Jésus-Christ née de son côté transpercé et animée par son Esprit, et qui se sait bénéficiaire, à la suite d’Israël, du même amour miséricordieux du Seigneur, il ne peut en aller autrement. Nous ne pouvons nous laisser déposséder de l’Espérance, c’est-à-dire de cette joyeuse  certitude que Dieu accomplira pleinement toutes SES PROMESSES. S’il en allait autrement nous ne serions alors (pour reprendre les mots du Psaume 48), qu’un « troupeau parqué pour les enfers et que la mort mène paître. »

C’est vrai que les événements du monde, de même que nos épreuves personnelles et familiales, mettent notre Espérance à rude épreuve. Face à tant de souffrances, d’injustices, de malheurs, comment croire et espérer encore ? Mais croire en Dieu et avoir la certitude qu’Il accomplira pour nous toutes ses promesses, ne nous préserve pas pour autant des questionnements douloureux et des incertitudes déstablisantes, voire même de la tentation du doute.

Voyez Jean-Baptiste !… Il a su reconnaître le Christ parmi la foule de ceux qui venaient se faire baptiser par lui dans le Jourdain, et le désigner comme le Sauveur du monde. Mais du fond de son cachot ses certitudes vacillent. Il interroge douloureusement : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? »

Oui, après 20 siècles de christianisme, alors que l’Église en bien des pays est persécutée, et qu’en Occident elle connaît humiliations et perte de crédibilité avec une chute libre de la pratique religieuse et des vocations, nous pouvons faire nôtre les mots de Jean-Baptiste : « Es-tu celui qui doit venir ou devons en attendre un autre ? »

Malgré tout, l’Espérance ne peut pas mourir puisqu’elle ne prend pas sa source en nous, mais en Dieu. Voilà pourquoi on l’appelle vertu théologale.

Oui,  ce ne sont pas nos raisonnements qui nous donnent de croire et d’espérer, mais l’Esprit Saint qui vit en nous et soutient notre marche de croyants à travers les mille embûches de l’existence. C’est lui, l’Esprit, qui chaque jour, au cœur de nos vies, de nos engagements et de nos épreuves, nous donne de reconnaître Jésus comme le Sauveur du monde, Celui qui vient combler l’attente des pauvres et des petits pour les rassembler dans le Royaume de son Père.

Jésus disait : « Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez : les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. »

Oui, bien plus nombreux que nous n’imaginons sont les aveugles qui, aujourd’hui comme hier, au contact du Christ, passent des ténèbres de l’incroyance à la lumière de la foi ; les sourds qui entendent sa Parole et en vivent ; les boiteux qui se mettent à marcher d’un pas allègre sur le chemin de l’Évangile ; les morts qui, par le baptême, naissent à la Vie nouvelle.

Alors, Frères et Sœurs, gardons précieusement, tendrement, dans notre cœur la lumière de la foi et ne cessons pas de rendre grâce à Dieu pour le don de l’Espérance.

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