Homélie pour la Vigile Pascale – (11-12 avril 2020) par Frère Bernard

Veillée Pascale ( Année A ) _____________ * Romain 6, 3-11 * Matthieu 28, 1-10 _______________

Aujourd’hui, à l’aube de ce troisième millénaire, il semble y avoir si peu d’espérance : nous vivons dans la violence et le désespoir et, en vérité, il faut être fou pour ne pas désespérer. La pandémie du Covid-19 nous le hurle à bas mots : rien ne sera plus comme avant. La perception de notre finitude s’expose inopinément face aux hospitalisations ou aux décès de tant de proches, elle ne peut plus être pudiquement rejetée dans les coulisses de la vie ordinaire.

Et pourtant, oui pourtant, saint Jean l’atteste dans son épître : « nous sommes vainqueurs du monde par la Foi ». Le chrétien croit que Jésus est vainqueur, par sa Résurrection, de toutes les puissances du pourrissement et de la mort, de toutes les puissances de la haine, de la séparation et du péché, de toutes les puissances des mauvais esprits. Jésus remonte du tombeau pour changer la peur en confiance, pour abattre les murs qui séparent les peuples ennemis, pour réconcilier et unifier le corps brisé de l’humanité.

Comme un soleil de printemps qui, avec une infinie patience, vient à bout de la terre gelée pour la faire reverdir, une onction, à peine perceptible au départ, finira par nous amener à croire que le vie du Ressuscité est plus forte que tous germes de mort en nous cachés. Oui, elle est imperceptible la réalité nouvelle qui vient de buriner les traits nouveaux dans le visage de l’univers. Et pourtant, la Résurrection de Jésus est comme la première éruption d’un volcan. Elle nous montre que le feu de Dieu brûle déjà à l’intérieur du monde et qu’il embrase tout du bonheur de son éclat. La face du monde est désormais changée. Nous sommes du côté de la Vie. Nous ne sommes plus les enfants de la peur et du froid. Nos visages sont porteurs d’une lumière que la mort ne pourra jamais étreindre. Christ nous a introduit par sa Résurrection dans une terre où nous pouvons respirer à l’abri des menaces de la mort, une terre de lumière que la mort ne foulera jamais, elle qui a tout écrasé sur son passage. Nous sommes désormais des affranchis. Sur les pas du Ressuscité jaillissent les fontaines de la Vie. Toute mort a mordu la poussière. Les ondes de la mort s’écartent devant nous à jamais.

Mais où donc est passée la lumière de la Résurrection ? Apparemment aucun changement majeur n’est apparu dans l’univers et pourtant, tout est transfiguré. La lumière qui se dégage du tombeau vide bouleverse nos paramètres. Seuls sont en mesure de voir les yeux qui, volontiers, se ferment pour mieux contempler le Ressuscité qui s’attarde à notre porte pour déverser le trop plein de sa miséricorde. Le Ressuscité fait du porte à porte. Qui ouvre se sait à l’orée d’un immense bonheur et d’un insoupçonnable horizon.

Plus rien ne peut nous faire peur. Nous connaissons l’amour que Dieu a pour nous. Désormais tout a un sens. Toi, et toi encore, tu as un sens. Tu ne mourras pas. Ceux que tu aimes, même si tu les crois morts, ne mourrons pas. Ce qui est beau et vivant et jusqu’au dernier brin d’herbe, jusqu’à cet instant fugitif où tu as senti tes veines pleines d’existences, tout sera vivant et à jamais. Même la souffrance, même la mort deviennent les chemins de la vie. Tout est déjà vivant. Parce que Christ est Ressuscité. Plus rien de l’univers n’est étranger au Ressuscité et son coeur vibre du chant de l’étoile comme du murmure de la neige, du sourire des morts comme des pleurs du nouveau né.

L’avenir du Ressuscité est entre nos mains. Il tient dans un morceau de pain. Devenez ce que vous manger !