Homélie pour le 4e Dimanche de Pâques (3 mai 2020) par Frère Marie-Bruno

Lorsqu’il se présente comme le berger et nous comme des brebis, Jésus aurait-il donc succombé à la tentation des grands de ce monde qui ont usé et abusé d’un pouvoir qu’ils se sont la plupart du temps arrogé, et traitant leur peuple comme du vil bétail ? Le titre de berger n’a en tout cas rien d’original. Il est fréquent dans la bible pour désigner quelqu’un qui a charge d’âme. Et on le retrouve même dans la littérature d’autres civilisations du temps de Jésus, toutes marquées par le milieu agraire dans lequel elles sont nées. ça n’est donc pas le titre mais la manière dont Jésus assume celui-ci qui est importante. Parce qu’aucun autre que lui n’a été et ne pourra être pour l’humanité ce qu’il est, lui. Et cela il l’exprime par une deuxième image qui vient enrichir et même corriger celle du pasteur : c’est celle de la porte. « Amen, amen, je vous le dis : Mois, je suis la porte des brebis« .

– Une porte étroite : c’était le cas des portes des enclos à brebis du temps de Jésus. Celles-ci ne pouvaient passer qu’une à une. C’est cette porte qui fait que la communauté humaine n’est pas un troupeau informe mais une communion de personnes. Notre pasteur appelle ses brebis une à une : il connaît chaque personne en particulier. Il le peut puisqu’il est Dieu. Chacun est unique aux yeux de Dieu, qui nous connaît dans notre intimité personnelle. Chaque personne est appelée par son nom, chaque personne est une vocation. Dire cela n’est pas de la démagogie ecclésiale, mais l’expression de la réalité la plus profonde. Car nous ne pouvons espérer voir se lever de nouvelles vocations à une vie consacré et au ministère que si chaque chrétien est lui-même conscient de sa propre vocation, quel que soit son état de vie.

– une porte qui est un lieu de liberté : elle n’enferme pas définitivement dans l’enclos. Nous pouvons aller et venir sans crainte : « si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé; il pourra entrer  ; il pourra sortir et trouver un pâturage« . La liberté est un des critères ultimes pour discerner de l’authenticité de l’exercice de l’autorité, que ce soit dans la société civile, dans l’Eglise, dans nos communautés. Dieu nous veut libres et la vraie autorité, celle qui vient de Lui, est celle qui nous fait grandir dans cette liberté. Jésus, porte ouverte au salut, est aussi celui qui se tient à notre porte et qui frappe. « Voici, je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui et je prendrai le repas avec lui et lui avec moi« . « Si quelqu’un » : toute notre liberté est contenu dans ce « si ».

– une porte qui est un lieu de passage : on ne reste pas dans l’embrasure d’une porte, on la traverse pour aller plus loin. Jésus est la porte grande ouverte sur le cœur de Dieu. Il ne retient rien à lui, mais tous ceux qui viennent à lui il les conduit au Père. Tout au long de sa vie terrestre le Christ n’a eu de cesse de renvoyer à Celui qui nous a remis entre ses mains, pour qu’il nous porte jusqu’au secret de son visage de Père. « Tout son désir, en s’oubliant c’est d’être seulement, la source de l’Esprit et le reflet du Père, pour les hommes qui perçoivent son mystère« .

– une porte qui est lieu de communion : c’est en passant par la porte que les brebis deviennent ensemble un seul troupeau. Passer par la porte qu’est le Christ s’est sortir de notre individualité isolée, c’est entrer en communion avec tout ceux qu’il appelle et rassemble à sa suite. Jusqu’à ce que l’humanité tout entière ne forme qu’un seul troupeau avec un seul pasteur.

En demandant dans notre prière que Dieu donne à son Eglise les pasteurs dont elle a besoin, demandons que ceux-ci soit aussi des portes, des êtres transparents, qui n’attirent pas les regards sur eux ou leurs propres idées, mais qui favorisent la communion des hommes avec Dieu et entre eux, qui fassent grandir chacun dans sa liberté d’enfant de Dieu et dans la vocation unique qui est la sienne.