Homélie de Père Jean-Marc pour le 2e Dimanche du Temps Ordinaire -Année C- (16 janvier 2022)

lectures : Isaïe 62, 1-5 ; 1 Corinthiens 12, 4-11 ; Évangile selon saint Jean 2, 1-11

Bien des couples choisissent cet épisode des noces de Cana pour la célébration de leur mariage. Un évangile évidemment tout à fait de circonstance !…

Mais si, avec cette scène des noces de Cana, nous en restions à la seule illustration de l’amour humain nous passerions à côté de sa véritable signification. Car si l’évangéliste Jean place cet épisode au seuil de la vie publique de Jésus, c’est que cet événement a pour lui une portée considérable. Il le souligne d’ailleurs lui-même lorsqu’il conclue son récit par les mots suivants : « Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. Il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui. »

Pour saint Jean, cet épisode est “Bonne Nouvelle”, “Evangile”. Il nous est proposé aujourd’hui pour fonder et nourrir notre foi en Jésus-Christ. Il est un “signe” (terme biblique très fort dont malheureusement le français ne permet pas de rendre la richesse). “Signe”, c’est-à-dire “révélation”, “manifestation”. C’est ainsi qu’en finale de l’Evangile de ce dimanche nous lisons : « Jésus manifesta sa gloire. » Il est “signe” parce qu’il nous révèle la véritable identité de Jésus qui est, non seulement le Messie, l’Envoyé de Dieu, mais le Fils éternel du Père, son Verbe, sa Parole par qui tout a été créé. Il s’agit bien ici de la manifestation de la divinité du Christ.

Ainsi, au-delà de cette histoire de noces de village, ce dont il est question c’est des noces de Dieu avec l’humanité. Rien de moins !… Depuis fort longtemps, et à de multiples occasions, la Bible évoque cette réalité. Ainsi dans notre première lecture extraite du prophète Isaïe (chap. 62) : « Comme un jeune homme épouse une jeune fille, celui qui t’a construite t’épousera. Comme la jeune mariée est la joie de son mari, ainsi tu seras la joie de ton Dieu. » Bien d’autres passages des saintes Ecritures pourraient être cités.

Dieu est amoureux de l’humanité. Même si celle-ci ne répond guère à ses avances ou lui est carrément infidèle, voire hostile, Lui ne peut y renoncer car c’est avec nous, en nous, que Dieu trouve sa joie, son bonheur. Ça me fait penser à ces conjoints qui face à l’indifférence, ou même à la trahison de l’autre ne se résignent jamais. L’entourage peut bien leur dire : “Laisse le ! ou laisse-la donc !”, la personne concernée ne peut que répondre : « Mais moi, je l’aime ! »

Ce qu’un conjoint ne peut obtenir de l’autre – et c’est le drame des ruptures irrémédiables – notre Dieu, lui, y parvient à force de patience, de miséricorde et même en nous re-créant par son Esprit.  L’Esprit nous stabilise dans l’amour nous qui sommes tellement inconstants et si rétifs car c’est en chacun de nous que Dieu veut manifester sa gloire.

À Cana, Jésus change notre eau,plus ou moins polluée,en bon vin. Le monde s’enivre de vitesse, d’exploits techniques ou sportifs, de bruit et de violence, mais il lui manque le vin véritable seul capable d’apaiser nos soifs et de réjouir notre cœur. Et ce vin-là, seul le Seigneur peut nous l’offrir !

Pour beaucoup, l’existence n’est que tristesse et angoisse. Et c’est vrai qu’il y a de multiples raisons d’être inquiet, découragé ou révolté : « C’est trop dur ! trop injuste ! » Mais le Seigneur vient, lui, nous servir le vin de sa joie : « Demeurez en moi comme moi je demeure en vous. » et nous connaîtrons la joie : « C’est la joie que je vous laisse, c’est ma joie que je vous donne. »

Avec la scène de Cana, l’Evangile nous fait faire un pas de plus dans la connaissance du Seigneur Jésus. Dimanche dernier, Fête du Baptême, nous entendions le Père nous le présenter comme “son Fils bien-aimé” ; et à la Transfiguration Il nous dit : “Ecoutez-le”. Mais ici, à Cana, Jésus est l’Epoux qui donne sa vie pour son épouse, l’Église… laquelle « représente » toute l’humanité. Chacun est ainsi appelé à une relation d’intimité, à une relation amoureuse avec Jésus. Lequel n’est plus extérieur à nous-mêmes, mais présent au plus intime de nous puisque, à chaque Eucharistie, il se donne à nous en nourriture pour la Vie éternelle.

À Cana l’eau fut changée en vin. Aujourd’hui, le pain et le vin sont changés en Corps et Sang du Christ. Voilà ce que fait l’Amour de notre Dieu.

Je laisse volontiers le dernier mot à Madeleine Delbrel :

Fais‑nous vivre notre vie, Seigneur,

non comme un jeu d’échecs, où tout est calculé;

non comme un match où tout est difficile;

non comme un théorème qui vous casse la tête;

mais

comme une fête sans fin où ta rencontre se renouvelle,

comme un bal,

comme une danse entre les bras de ta Grâce,

dans la musique universelle de l’amour.

Seigneur, viens nous inviter!